Il paraît qu’on dit zèbre…

Je préfère dire neuroatypique.

Après avoir passé des années à essayer d’expliquer ce que je suis, ce que je ressens, en vain, je suis tombée sur cet article. Il est tellement bien écrit, je me suis tellement reconnue dans ce récit, que je n’ai rien trouvé de mieux à faire sur le coup que de copier-coller le texte et d’en modifier certaines parties pour que ce soit précisément MA description. Vous ne verrez plus ce plagiat.

Je l’ai effacé car c’était sans compter sur la pauvre journaliste qui, elle, a travaillé une grosse vingtaine d’heure pour pondre cette merveille. À elle, je présente toutes mes excuses et je tire mon chapeau. Et au rédacteur en chef de 8e étage (qui, soit dit en passant, a une voix absolument divine), merci beaucoup d’avoir pris le temps de faire en sorte qu’on se comprenne. Si seulement tous les gens que j’ai croisé au cours de ma vie avaient pu avoir la même démarche, je ne serais pas aussi triste aujourd’hui…

Voici donc ma version. Elle est nulle, comparée à la première, car l’un de mes problèmes c’est qu’il m’est très difficile d’exprimer clairement ce que j’ai en tête. J’aime la précision.

Petite déjà, j’avais une réflexion qui n’était pas de mon âge, d’après les adultes. Je me posais des questions du genre « cette couleur, que tout le monde s’est mis d’accord pour appeler bleu, qu’est-ce qui me prouve qu’avec les yeux d’un autre je ne la verrais pas orange ? Je ne peux être certaine que du fait qu’on lui donne tous le nom de bleu, pas qu’on voit tous la même couleur. Cela expliquerait les différences de goût des uns et des autres… » Cela fascinait certaines personnes, effrayait le plus grand nombre. La seule chose sur laquelle tous s’accordaient, c’était dire que j’étais bizarre.

En fait, je suis juste différente. Je réfléchis différemment, donc je m’exprime différemment et, surtout, je réagis différemment. Mon quotient intellectuel est à… Oh et puis on s’en fout des chiffres ! Ça ne me fait pas rentrer dans une case pour autant. Les cases, c’est vraiment pas mon truc. Non. C’est mal expliqué. En fait je dirais plutôt que je ne suis pas le truc des cases. Je déborde toujours et ça, ça dérange. Ça dérange ceux qui ont ces cases pour repère et qui entrent parfaitement dedans, sans pouvoir imaginer qu’il puisse exister autre chose qui n’est pas mauvais pour autant.

L’école n’a jamais été un plaisir pour moi. D’une part, on n’est jamais ami avec quelqu’un de bizarre donc je me suis sentie bien seule et, d’autre part, je ne faisais jamais ce qu’on attendait de moi donc j’étais toujours la déception de mes professeurs. Mes bulletins regorgent de « a les capacités », « peut mieux faire », « impertinente » et « manque de concentration ».
Ce que les professeurs appelaient de l’impertinence, c’était le fait de toujours poser des questions qui pouvaient faire croire que je mettais en doute leurs compétences mais qui étaient en fait la partie visible de mon iceberg d’angoisse de ne pas comprendre.
Le « manque de concentration » désignait le fait que je faisais toujours autre chose (regarder par la fenêtre, lire un livre, jouer avec mes stylos, dessiner) en même temps que je suivais le cours. Mais j’en avais besoin pour me concentrer ! Je sais, ça peut sembler paradoxal, mais je ne peux me concentrer que sur plusieurs choses à la fois. Ainsi, je faisais mes devoirs devant la télé pendant mon goûter, je répétais mes partitions en écoutant la radio et j’écris cet article d’une main en m’occupant de mon fils de 2 ans et en réfléchissant à ce que je vais bien pouvoir préparer pour le souper. Si je ne fais qu’une seule chose à la fois, mon esprit ne fonctionne plus, je ne comprends plus rien et les informations ne sont pas traitées correctement.
Le « peut mieux faire » est ce qui m’agace le plus. À cause de ce foutu Q.I., les gens pensent que je peux m’adapter à eux, à leurs attentes. Mais je ne suis pas plus intelligente, je suis juste DI-FÉ-REN-TE ! Je suis même certainement moins capable de m’adapter à une personne « normale » que cette personne n’est capable de s’adapter à moi. Vous demandez souvent à une personne en fauteuil d’essayer de marcher pour mieux vous comprendre ?

Quand on me demandait de justifier mes réponses, c’était comme si on demandait à un champion de pétanque de décrire ce qu’il se passe dans son cerveau quand il vise juste. Comment ai-je trouvé le résultat de l’équation ? Ben… Heu… Ça se voit, c’est comme ça. Pour moi, la ligne de l’énoncé et celle du résultat c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Pourquoi ai-je utilisé tel temps et pas tel autre dans cet exercice de français ? Ben… Heu… JE SAIS PAS !!!!!! C’est intuitif, pas travaillé ! Comment je fais pour connaître le résultat d’une expérience avant de l’avoir faite ? Ben… Heu… Un documentaire a dû passer à la télé, un jour, et l’information s’est inscrite dans mon esprit inconsciemment.
Résultat : mauvaises notes en série et inscription en rouge, sur les copies, de mon problème : « raisonnement trop rapide ».
Et quand on enchaîne les mauvaises notes, on est un cancre. Ainsi, la cancre que j’étais n’a jamais réussi à obtenir un seul diplôme après le Bac.

Plus j’avançais dans les études, et plus je me mettais la pression. Mal faire est une chose terrible pour moi. Mal faire, c’est entendre encore que je déçois tout le monde. Pire : c’est être nulle. Je préfère encore ne pas faire.
Une exception à ça : il suffisait que je me passionne pour une matière ou que le courant passe particulièrement bien avec un professeur pour que mes résultats dépassent les espérances. Par exemple, j’ai eu un très bon professeur de musique. Alors en 3 ans j’ai eu le niveau que d’autres ont mis 10 ans à atteindre péniblement. Imaginez ce que j’ai été capable de faire au bout de 16 ans… Pourtant je n’étais jamais satisfaite de mes prestations et je me décevais terriblement. Mais voir la fierté dans les yeux de mon professeur était une réussite pour moi. Et sentir qu’il comprenait mon exigence envers moi-même était un soulagement, comme s’il portait ce fardeau avec moi, le temps d’un cours, le temps d’un concert.

Ça commence à faire long alors je vais essayer d’abréger :

On me pense bornée alors que je me remets sans cesse en question.
On me pense sûre de moi alors que je doute en permanence et que, plusieurs fois par jour, je me trouve nulle, nulle, nulle.
On pense que j’aime chercher la petite bête alors que j’ai juste besoin de précision, de certitude.
S’il y a une faille dans un discours, elle me saute aux yeux et se crée alors tout un arbre noir des causes possibles de cette faille. On me mentirait ? On se moquerait de moi ? On voudrait me manipuler ? Alors je demande pourquoi, comment, quand, combien, où… 10 fois, 20 fois, sous autant de formes différentes. Je peux même revenir sur une conversation plusieurs jours après sa fin.
Ma pensée et mon discours sont arborescents. C’est pour cela que l’on pense que je saute du coq à l’âne alors qu’en réalité j’ai simplement sauté d’une branche à l’autre, le tronc restant le même. Car même si je suis en train de parler sur une branche, l’arbre continue à pousser et de nouvelles branches apparaissent. Et parfois, une nouvelle branche me semble plus intéressante que celle sur laquelle je suis.
Mon sens de la justice est exacerbé. Je ne supporte pas la malhonnêteté, la mauvaise foi et la méchanceté, surtout quand elle est gratuite et volontaire. Ça me met dans tous mes états et, non, je ne peux pas laisser couler. Je ne PEUX PAS.
Si l’on ne me comprend pas, je m’énerve très vite car c’est un très gros effort pour moi que de détailler mon raisonnement (souvenez-vous de l’école). Cet effort, je le fais en permanence, en utilisant au maximum ce que j’ai pu capter des codes de communication de mon interlocuteur. Alors arrive un moment où je me dis que l’autre le fait exprès et qu’il pourrait faire un effort, lui aussi.
On me dit que je parle aux autres comme à des crétins alors que je fais juste un effort monumental pour qu’ils puissent suivre mon raisonnement.
On me pense froide et fermée mais je déborde d’empathie : je pleure à la place de ceux qui se font engueuler ou qui se blessent. Par contre je suis incapable de savoir ce que l’autre ressent à mon égard.
Je dis souvent des choses méchantes mais sans en avoir l’intention : pour moi un fait, une certitude, ou au contraire une question, ça ne peut pas être blessant.
J’ai besoin de contact, de câlins, de démonstrations physiques d’affection. Car j’ai le sens du toucher développé et j’ai besoin d’être stimulée à ce niveau comme j’en ai besoin au niveau intellectuel.
On pense que je me fiche des autres mais c’est le contraire. J’ai besoin de partager ce que je vis, je pense, je ressens. Et j’ai besoin que les autres fassent de même.
J’ai une créativité débordante, des idées plein la tête. Alors souvent je dis « imagine…. » Et faute d’avoir trouvé des amis assez compréhensifs, je me suis longtemps réfugiée dans mon monde imaginaire. Avec un peu d’aide, à une époque. Comme beaucoup de zèbres, paraît-il…

Vu comme ça, un zèbre semble pénible. Je dirais plutôt que c’est fatiguant dès lors qu’on ne s’ouvre pas à son monde. Mais il suffit d’écouter, de chercher à comprendre en posant également des questions, de raconter ses journées, tout simplement, pour analyser ce qu’il s’est passé ensemble, et c’est tout un monde qui s’ouvre à vous ! Un livre vous intéresse mais vous n’avez pas le temps de le lire ? Expliquez nous pourquoi il vous intéresse, offrez-le nous, on le lira et on se fera un plaisir de vous raconter l’histoire au fur et à mesure de notre lecture. Vous avez un problème dont vous sentez la solution proche mais vous n’arrivez pas à la trouver ? Exposez-le nous, on adore les énigmes, devinettes et autres stimulations cérébrales de ce type. Vous commencez à vous passionner pour une science, une culture ou autre mais ne trouvez personne avec qui partager cette passion ? Faites nous découvrir tout ça !
Ça y est, vous commencez à comprendre l’intérêt de côtoyer un zèbre ? Et vous avez compris qu’on fait vraiment tout ce qu’on peut et que c’est aussi à vous de faire un effort ?

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14 réponses à “Il paraît qu’on dit zèbre…

  1. Pingback: Aujourd’hui on appelle ça un zèbre | laplumerousse

  2. Yop, dotée d’un gros score moi aussi, j’apprécie ton témoignage. Je me fais juste deux réflexions :
    1- Je n’aime pas le terme « zèbre ». Je suis comme toi (si j’ai bien compris), j’aime appeler un chat « un chat ». Nous sommes surdouées, HQI, dys-machin ou que sais-je, mais certainement pas « zèbre ». Le zèbre, c’est un cheval rayé qui vit en Afrique, généralement. Moi non en tout cas.
    2- Tous les gens gens qui réagissent le sont aussi, ou le supputent au vu de leurs enfants. Donc : notre handicap est comme les autres, il n’intéresse que ceux qui sont concernés. Ma conclusion : nous qui sommes, quoi qu’on en dise et même si on en souffre, plus doués que la moyenne, intéressons-nous aux handicaps des autres.
    Bref, pas de communautarisme.
    Donc encore une fois, bravo pour ton témoignage sur un blog qui ne parle pas que de « ça ».
    (oui bon je rends compte que mon message est froid comme un glaçon, c’est pas le but bien sûr, je synthétise juste :).
    Bon courage, bonne chance !

    • Citron

      Est ce que le terme de sur-activité cérébrale vous convient mieux que zèbre?

    • Ha non, le zèbre certes appartient à la grande famille des équidés, mais en aucun cas, ce n’est un cheval – équidé à rayures serait plus correct – . Il deux sous genre : hippotigris où sont répertoriés la plupart des sous espèces et Dolichohippus où est classé le zèbre de grevy.

      Bon après, il existe des hybrides zèbres-cheval, plus communément appelés zorces. :p Désolée supremedevolaille (vous avez essayez avec le seitan?) pour le côté casse-c***** de ce commentaire.

      Très beau texte sinon. Personnellement, je préfère dire « albatros » car plus digeste pour les gens (les termes HPI, HPE H2O :p surdoué etc sont considérés comme « sales » au sein de notre société, ça fait peur, des fois que ça serait contagieux).

  3. sot-l'y-laisse

    merci pour ton témoignage, c’est à peu de choses près ce que j’ai ressenti toute ma vie, jusqu’à ce que, après une énième crise, je découvre très récemment que je n’étais pas seule avec cette « différence ». Ça m’a permis de trouver enfin une certaine forme de sérénité, de me réconcilier avec moi-même, si souvent auto-dévalorisée auparavant, de ne plus m’épuiser en vain à essayer de me sur-adapter aux autres, à leur comportement ou à des situations absurdes à mes yeux. Je continue à faire des efforts pour être comprise et comprendre autrui, mais si ça ne donne rien je n’insiste plus, tant pis, ça me permet de plus en plus d’éviter de tomber inévitablement dans les mêmes ornières, déboires et autres déconvenues… sources d’incommensurables souffrances. basta! j’ai toujours autant, si ce n’est encore plus d’empathie, mais apprends à décoder et mieux gérer les réactions émotionnelles.
    Bref, je vois maintenant clairement ça comme une chance, et non plus comme un handicap. La seule chose qui me chagrine encore c’est le manque d’ouverture d’esprit de beaucoup de gens, enfermés dans leurs peurs des différences, leurs conditionnements, leurs idées reçues et autres fantasmes de « complexe de supériorité » qu’ils nous attribuent volontiers (alors que c’est tout le contraire) et qui nous empêchent de partager avec eux tout ce qu’on a à leur offrir comme autres perspectives, et c’est dommage pour tous. Pour finir sur une note positive, je crois qu’on est de moins en moins de ces hurluberlus isolés, et que de plus en plus d’enfants naissent avec ce fonctionnement, ce qui me donne espoir en les générations futures, car j’espère, je pressens que l’humanité est en passe de sortir de l’adolescence et de devenir adulte, tout en gardant son âme d’enfant, vitalité-créativité et maturité-lucidité réunies!
    Que le zèbre déploie ses zèles! (quoi, chimères?)

  4. LEGRAND

    bonjour, je parcours le net à la recherche de ces zèbres depuis quelque temps.il m’arrive d’en trouver de temps à autre et cela m ‘aide toujours un peu. mon fils tanguy n’a jamais été diagnostiqué , donc pas de chiffre ou autre lettre mais toujours cette impression de copié collé dans cette description des zèbres depuis son enfance . j ai lu attentivement le livre de Catherine SIAUD et pour un non zèbre, quelle découverte de ce monde particulier, ce fut pour moi une révélation. ENFIN une explication à tant d années de confrontation. une question cependant reste sans réponse: la souffrance de ce décalage peut elle pousser au suicide, je sais , c’est difficile mais je me suis aussi demandé si c’étais judicieux de poser une telle question mais je ne réfléchis pas comme un zèbre. si j avais su et s’il avait su , peut être que l on se serait apprivoisé mutuellement. j espère ne pas plomber votre blog qui m a permis de faire mon chemin …
    philippe

    • Oui, quand on ne comprend pas ce décalage il peut provoquer une telle souffrance !
      L’enfant est conscient de toutes les horreurs de ce monde et son hyper-empathie les lui fait subir de plein fouet.
      Enfin, il dérange. Et il le sait. C’est très difficile à assumer.

      • legrand

        merci pour votre réponse, cela permet au moins de comprendre son geste, je pense que charlie hebdo a été le déclencheur final, quelques jours après ,il nous a quitté sans un mot et sans jamais avoir compris sa différence. continuez à faire savoir que les zèbres existent afin que les chevaux ne pensent pas que les zébrures ne sont qu’une couleur.merci pour votre blog
        philippe

      • C’est dur. J’ai de la peine pour vous. Au moins cela aura eu un impact positif : ouvrir votre esprit à l’existence d’autres pensées. Même si cela est peu face à la douleur, je pense que vous concentrer là-dessus et aider les autres chevaux à en faire autant pourrait éviter d’autres drames similaires.
        Pensées émues

  5. Cet article est une vraie merveille! Merci d’avoir transmis tout ça!!!
    Moi qui ai le bonheur d’avoir un zèbre comme enfant, je me suis régalée en retrouvant son portrait!
    Je lui ai envoyé le lien pour qu’elle le lise!
    Si je te joins après avoir lu ton article, c’est pour te faire une proposition (tout à fait honnête!)
    Je suis passionnée par les Fleurs de Bach depuis de nombreuses années et tout en te lisant, j’avais plein d’idées de Fleurs qui me traversaient l’esprit. Je ne sais pas du tout si tu connais cette approche.
    Je te propose de t’offrir une première recherche, car ton avis m’intéresserait beaucoup! Ce n’est pas tous les jours qu’on peut s’offrir le luxe de fleurir un zèbre!
    Dis-moi ce que tu en penses après avoir jeté un coup d’œil sur mon blog.
    Les Fleurs de Bach ont été une aide précieuse pour ma fille en de nombreuses occasions et je serai ravie si je peux t’aider aussi! Je précise qu’il n’y a pas du tout besoin d’être malade pour que ces Fleurs soient d’une efficacité vraiment GÉNIALE!
    La décision t’appartient!
    A bientôt j’espère
    Monique

    • Je te remercie pour ton enthousiasme. C’est bon de lire des propos positifs dans une phrase qui parle de nous.
      Je te remercie aussi pour ta proposition que je décline. Non pas parce que je ne crois pas à l’efficacité des FDB mais parce que je sais que ça ne me correspond pas.
      Bonne continuation

  6. Comme cela fait du bien de lire .
    J ai le sourire surtout quand je me visualise avant enfant devant mes bulletins à me faire réprimander parce que …. bref tu as tout dis

    Merci

  7. Anonyme

    Juste : merci 🙂

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