La loi du silence…

Ce matin, j’ai lu un article qui m’a donné la chair de poule.

Une compagnie anglaise a lancé sur le marché un kit permettant aux mères d’analyser leur lait. Officiellement, c’est pour qu’elles puissent savoir s’il est assez bon pour leur enfant. Passons sur le fait qu’il a été prouvé depuis plusieurs années déjà ce que l’on savait depuis longtemps (: le lait d’une mère est toujours adapté à son enfant) et maintenant voyons.

Comment ça marche ?

La maman peu sûre de ses capacités à être une bonne productrice va tirer son lait.
On a déjà là un premier problème car il arrive très souvent que les premiers temps le tire-lait ne donne pas grand chose (et ce pour plusieurs raisons : sa succion n’est pas la même que celle du bébé, la mère stresse à l’idée de ne rien donner, etc…) sans que cela ne soit significatif de la production de la mère. Comme le disent tous les spécialistes de l’allaitement : ce que l’on obtient au tire-lait représente seulement ce que l’on est capable de donner au tire-lait. Moi-même, il m’est arrivé de ne rien pouvoir tirer alors que mes seins étaient pleins. Seul mon fils parvenait à vider tout ça.
Cette première étape risque de faire grandir le doute dans l’esprit de cette maman déjà angoissée. Cela peut nuire à sa production réelle.

Ensuite, la maman va envoyer l’échantillon à un laboratoire.
Nouveau problème. Cela a été démontré par les faits depuis longtemps : la composition du lait varie selon les besoins du bébé. Non seulement selon son âge, mais aussi selon son état, selon le moment de la journée, et même pendant une même tétée ! Cet échantillon tiré à un instant T ne sera donc représentatif que de ce que contenait le lait (et donc de ce dont l’enfant avait besoin) à ce même instant. Il n’est même pas certain qu’il contiendra une tétée entière. À l’instant T+1 minute, sa composition aurait été toute autre. De plus, rien ne garanti que le tirage ait eu lieu dans les conditions d’hygiènes appropriées à ce type d’analyse.
Ce protocole est donc tout sauf valable. On entre dans les limites de la publicité mensongère.

Cette analyse lui coûtera 99£ (soit à peu près 180€). 
Même les analyses faites par le corps médical (dans le cadre du don de lait. Cela fait bien longtemps qu’on n’analyse plus le lait que pour cela) coûtent moins cher ! En limitant ainsi le nombre de parents capables de payer cette analyse, les industriels montrent bien que leur soucis n’est pas d’améliorer la qualité des soins donnés aux petits mais bien de se faire du fric, du fric, du fric…
Si ces analyses étaient réellement utiles, elles seraient faites gratuitement dans le cadre d’un parcours de santé.

Le laboratoire mesurera le taux d’oméga 3 présent dans le lait.
Là il va vraiment falloir qu’on m’explique pourquoi les oméga 3 et pas les milliers d’autres composants. Si les oméga 3 étaient les seuls éléments utiles à la bonne croissance d’un enfant, on les nourriraient de capsules depuis longtemps… De plus, même si le taux d’oméga 3 est faible à un instant T, il est plus qu’optimal à T+quand-l’enfant-en-a-besoin. Plus important encore, il faut savoir que le corps de la mère fait passer son enfant en priorité. Cela veut dire que pour qu’il y ait carence dans le lait, il faut vraiment que la mère n’ait plus du tout de l’élément demandé. Or, quelque soit cet élément, quand on est carencée à ce point on est dans un état grave, à l’hôpital. On joue donc bien là sur les angoisses de la jeune maman en manque d’informations.
Il y a à peine une décennie, les préparations industrielles ne contenaient même pas d’oméga 3 !

Le laboratoire renverra les résultats accompagnés d’un livret sur des compléments alimentaires.
Hein ? Quoi ?? Comment ??? Ne me dites pas que vous ne voyez pas la manipulation commerciale, là !
Et ils sont vendus par qui ces compléments ? Par la même marque ! Ben tiens…

En plus, la maman se verra invitée à refaire un test, au même prix, un mois plus tard,
si elle n’a pas décidé d’ici-là de sevrer son enfant, persuadée que son lait n’est pas (assez) bon.
Et pourquoi continuerait-elle à donner un mauvais lait ?

Et maintenant, le choc (pour ceux qui trouvent encore que tout va bien dans cette histoire) :

Le directeur général de la marque déclare dans The Guardian de manière assumée que le test a été offert en cadeau à des femmes venant d’accoucher et ayant préalablement déclaré leur ferme intention d’allaiter dans le but de vendre leurs compléments !!!

The communication was aimed at mothers who have already chosen to breastfeed…
…we recognised that it naively offered 100 breastfeeding mums the opportunity to check the levels of omega-3 DHA in their milk, with a view to promoting vitamin supplement products.

Si ce n’est pas se f***** de la g***** du monde, là… Non mais sans déconner… (il fallait que je la place quelque part, cette expression, hein !)

Où est-ce que je veux en venir, avec tout ça ? Quel est le rapport avec le titre de l’article ?

Lorsque l’on tombe sur un professionnel de santé qui donne de mauvais conseils sur l’allaitement maternel, on nous conseille de nous taire au lieu de l’informer au risque qu’il le prenne mal. On nous dit soit de changer de professionnel, soit de lui mentir en lui faisant croire que l’on suit ses conseils. Donc en gros on nous conseille de le laisser foirer les allaitements des mamans non informées dont il s’occupe.

On n’a pas le droit de dire que la norme de l’humain c’est de boire le lait de sa mère et que par conséquent ce n’est pas le lait maternel qui diminue les risques de problèmes de santé mais bien les préparations industrielles qui les augmentent.

On ne peut pas parler de la joie d’un allaitement réussi alors que tout le monde trouve normal de parler du nombre de bib de poudre de son mioche.

Peu de personnes acceptent de voir un allaitement alors qu’une alimentation au bib ne gène personne. On demande aux mères allaitantes et à leurs enfants de se cacher !

Cette loi du silence m’est insupportable. Il s’agit de la santé de nos enfants, bon sang !

Personne ne s’est senti coupable lorsqu’on nous a informé de la toxicité de l’amiante qui se trouvait dans les habitations, les chambres d’enfants !
Personne ne s’est senti coupable lorsqu’on nous a informé de la toxicité des OGM présents dans l’alimentation des enfants !
Personne ne s’est senti coupable lorsqu’on nous a informé de la toxicité des fast-food que nos bambins aiment tant !
Personne ne s’est senti coupable lorsqu’on nous a informé de la toxicité du plastique utilisé dans les jouets et le matériel de puériculture !
Etc, etc…
Au pire on s’est senti escroqués, pris pour des pigeons, offensés par cet amour du fric au mépris de la santé.

Alors pourquoi se sentir coupable lorsque l’on nous informe de la toxicité des préparations infantiles ? On vous informe, point. Prenez vous en aux industriels qui vous ont fait croire qu’ils vendent « le meilleur lait après le vôtre », qu’ils « parlent bébé » pour mieux les comprendre, qu’il sont « du côté des parents » ou encore que « l’essentiel est dans » leurs produits. Prenez vous en aux blouses blanches qui ont fait foirer vos allaitements. Nous, informateurs, on n’y est pour rien.

Alors ne nous demandez pas de nous taire !

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