Je mesure 1m62 pour 82 kg, je porte du 44 : je suis obèse

Depuis que je suis petite, je ne suis pas un « rêve de minceur ».

Je parle de rêve parce que ce, corps mince et élancé, mes parents les premiers étaient paniqués de ne pas le voir en me regardant.

En trente ans, ce corps filiforme je l’ai vu… sur les autres.

Il y a eu l’école et ces petites poufs qui se moquaient, qui me disaient de faire des régimes, que personne ne pourrait m’aimer avec un tel corps. Pour me rendre compte, des années après, que les mamans de ces filles étaient pour certaines anorexiques et entraînaient leurs enfants dans le même cercle mortuaire.

Je l’ai vu dans les magazines. Ces femmes qui étaient si belles et nous faisaient rêver la minceur. Pour apprendre un jour que ces sublimes jambes de femmes qui vantaient les mérites des crèmes anti-cellulite étaient le plus souvent des jambes de jeunes filles ne dépassant pas 14 ans ou des jambes d’hommes épilées ! Pour être une femme « normale » (donc mince, ndlr) il ne faut pas être une femme !

Mais pourtant… J’en ai vu des femmes minces dans la rue, sur la plage. C’est simple : j’avais même la sensation qu’à part moi, toutes les femmes étaient minces parce que je ne voyais qu’elles. Elles avaient de petites fesses rebondies, des seins qui se dressaient fièrement vers le monde et des muscles qui finissaient de sculpter leurs corps parfaits. Ces nanas, quand elles bougeaient, je regardais leurs seins et leurs cheveux danser. Quand je faisais la même chose, c’est toute ma graisse que je voyais s’agiter et une envie de m’enterrer dans le sable se manifestait.

Il y a aussi ces hommes qui s’éclataient au lit avec moi et étaient capables, un jour, de me dire que, quand même, la vue de mon ventre gâchait tout… Manifestement, cela ne les avait jamais empêché de me désirer ni de jouir.

Et pour finir, mes bourreaux préférés : les médecins.

Ceux-là, ils sont là depuis toujours. Dans leur cabinet, je me suis sentie terrorisée, misérable, triste, en colère. Ils m’ont astreinte à des tas de régimes différents qui n’ont évidemment jamais fonctionné. Et c’était toujours de ma faute. Pensez-vous qu’un seul aurait pu se dire que c’était les méthodes qui ne fonctionnaient pas ?

Quand, adulte, je me suis sentie assez forte pour envoyer balader les régimes et leurs potes en tous genres, j’ai cru que c’était fini.

Sauf que je suis tombée enceinte… Là, ce fut le festival des leçons de morale, des rendez-vous en veux-tu en voilà pour me faire maigrir, alors que, bordel ! J’étais enceinte !

Et pour finir, les punitions : avec mon poids, je faisais forcément partie des accouchements à risques. Donc le projet de naissance : poubelle. Contrainte d’avoir un accouchement déshumanisé pour ne pas être rentrée dans un jean en 36. Vous trouvez cela normal, vous ?

Si vous saviez le nombre d’années pendant lesquelles, chaque fois que j’avais une lame à la main, mon désir le plus ardent était de couper tout ce qui dépassait ! J’avais tellement envie de vous plaire, de vous faire plaisir, que vous me respectiez un peu… Que vous m’aimiez…

Pourtant, je sais que ma paire de seins en a fait rêver plus d’un, que mes fesses donnent prise pour être empoignée, qu’on n’a pas peur de me casser en me serrant dans les bras, que ma peau est douce et que mon corps est vraiment agréable, beaucoup plus agréable à toucher que celui d’une femme mince.

Il y a quelques jours, un de mes partenaires a pris une photo (celle illustrant cet article). Une simple photo prise avec son portable et dont l’unique retouche est un filtre noir et blanc…

C’est donc ça l’obésité contre laquelle je dois me battre ? Est-ce ce corps digne des plus belles représentations de Sanguines que je dois maltraiter ?

Aux femmes, aux médecins, aux partenaires amoureux, aux familles et tous ceux qui croient que je devrais me battre pour maigrir, je pense que, dans l’intérêt de tous, il serait davantage profitable de vous battre contre votre évident manque de discernement.

La plume noire

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4 réponses à “Je mesure 1m62 pour 82 kg, je porte du 44 : je suis obèse

  1. Zoé salmeron

    Merci Plume noire,
    Je vis la même chose que toi depuis… 46 ans !
    J’ai la chance d’avoir un homme qui depuis 26 ans me dit que je lui plais, mais la lutte contre la société n’en est pas moins dure.

    Mille mercis pour ce magnifique texte, et cette belle photo 🙂

  2. yza

    Bravo pour ce magnifique texte !

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