Il paraît qu’on dit zèbre…

Je préfère dire neuroatypique.

Après avoir passé des années à essayer d’expliquer ce que je suis, ce que je ressens, en vain, je suis tombée sur cet article. Il est tellement bien écrit, je me suis tellement reconnue dans ce récit, que je n’ai rien trouvé de mieux à faire sur le coup que de copier-coller le texte et d’en modifier certaines parties pour que ce soit précisément MA description. Vous ne verrez plus ce plagiat.

Je l’ai effacé car c’était sans compter sur la pauvre journaliste qui, elle, a travaillé une grosse vingtaine d’heure pour pondre cette merveille. À elle, je présente toutes mes excuses et je tire mon chapeau. Et au rédacteur en chef de 8e étage (qui, soit dit en passant, a une voix absolument divine), merci beaucoup d’avoir pris le temps de faire en sorte qu’on se comprenne. Si seulement tous les gens que j’ai croisé au cours de ma vie avaient pu avoir la même démarche, je ne serais pas aussi triste aujourd’hui…

Voici donc ma version. Elle est nulle, comparée à la première, car l’un de mes problèmes c’est qu’il m’est très difficile d’exprimer clairement ce que j’ai en tête. J’aime la précision.

Petite déjà, j’avais une réflexion qui n’était pas de mon âge, d’après les adultes. Je me posais des questions du genre « cette couleur, que tout le monde s’est mis d’accord pour appeler bleu, qu’est-ce qui me prouve qu’avec les yeux d’un autre je ne la verrais pas orange ? Je ne peux être certaine que du fait qu’on lui donne tous le nom de bleu, pas qu’on voit tous la même couleur. Cela expliquerait les différences de goût des uns et des autres… » Cela fascinait certaines personnes, effrayait le plus grand nombre. La seule chose sur laquelle tous s’accordaient, c’était dire que j’étais bizarre.

En fait, je suis juste différente. Je réfléchis différemment, donc je m’exprime différemment et, surtout, je réagis différemment. Mon quotient intellectuel est à… Oh et puis on s’en fout des chiffres ! Ça ne me fait pas rentrer dans une case pour autant. Les cases, c’est vraiment pas mon truc. Non. C’est mal expliqué. En fait je dirais plutôt que je ne suis pas le truc des cases. Je déborde toujours et ça, ça dérange. Ça dérange ceux qui ont ces cases pour repère et qui entrent parfaitement dedans, sans pouvoir imaginer qu’il puisse exister autre chose qui n’est pas mauvais pour autant.

L’école n’a jamais été un plaisir pour moi. D’une part, on n’est jamais ami avec quelqu’un de bizarre donc je me suis sentie bien seule et, d’autre part, je ne faisais jamais ce qu’on attendait de moi donc j’étais toujours la déception de mes professeurs. Mes bulletins regorgent de « a les capacités », « peut mieux faire », « impertinente » et « manque de concentration ».
Ce que les professeurs appelaient de l’impertinence, c’était le fait de toujours poser des questions qui pouvaient faire croire que je mettais en doute leurs compétences mais qui étaient en fait la partie visible de mon iceberg d’angoisse de ne pas comprendre.
Le « manque de concentration » désignait le fait que je faisais toujours autre chose (regarder par la fenêtre, lire un livre, jouer avec mes stylos, dessiner) en même temps que je suivais le cours. Mais j’en avais besoin pour me concentrer ! Je sais, ça peut sembler paradoxal, mais je ne peux me concentrer que sur plusieurs choses à la fois. Ainsi, je faisais mes devoirs devant la télé pendant mon goûter, je répétais mes partitions en écoutant la radio et j’écris cet article d’une main en m’occupant de mon fils de 2 ans et en réfléchissant à ce que je vais bien pouvoir préparer pour le souper. Si je ne fais qu’une seule chose à la fois, mon esprit ne fonctionne plus, je ne comprends plus rien et les informations ne sont pas traitées correctement.
Le « peut mieux faire » est ce qui m’agace le plus. À cause de ce foutu Q.I., les gens pensent que je peux m’adapter à eux, à leurs attentes. Mais je ne suis pas plus intelligente, je suis juste DI-FÉ-REN-TE ! Je suis même certainement moins capable de m’adapter à une personne « normale » que cette personne n’est capable de s’adapter à moi. Vous demandez souvent à une personne en fauteuil d’essayer de marcher pour mieux vous comprendre ?

Quand on me demandait de justifier mes réponses, c’était comme si on demandait à un champion de pétanque de décrire ce qu’il se passe dans son cerveau quand il vise juste. Comment ai-je trouvé le résultat de l’équation ? Ben… Heu… Ça se voit, c’est comme ça. Pour moi, la ligne de l’énoncé et celle du résultat c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Pourquoi ai-je utilisé tel temps et pas tel autre dans cet exercice de français ? Ben… Heu… JE SAIS PAS !!!!!! C’est intuitif, pas travaillé ! Comment je fais pour connaître le résultat d’une expérience avant de l’avoir faite ? Ben… Heu… Un documentaire a dû passer à la télé, un jour, et l’information s’est inscrite dans mon esprit inconsciemment.
Résultat : mauvaises notes en série et inscription en rouge, sur les copies, de mon problème : « raisonnement trop rapide ».
Et quand on enchaîne les mauvaises notes, on est un cancre. Ainsi, la cancre que j’étais n’a jamais réussi à obtenir un seul diplôme après le Bac.

Plus j’avançais dans les études, et plus je me mettais la pression. Mal faire est une chose terrible pour moi. Mal faire, c’est entendre encore que je déçois tout le monde. Pire : c’est être nulle. Je préfère encore ne pas faire.
Une exception à ça : il suffisait que je me passionne pour une matière ou que le courant passe particulièrement bien avec un professeur pour que mes résultats dépassent les espérances. Par exemple, j’ai eu un très bon professeur de musique. Alors en 3 ans j’ai eu le niveau que d’autres ont mis 10 ans à atteindre péniblement. Imaginez ce que j’ai été capable de faire au bout de 16 ans… Pourtant je n’étais jamais satisfaite de mes prestations et je me décevais terriblement. Mais voir la fierté dans les yeux de mon professeur était une réussite pour moi. Et sentir qu’il comprenait mon exigence envers moi-même était un soulagement, comme s’il portait ce fardeau avec moi, le temps d’un cours, le temps d’un concert.

Ça commence à faire long alors je vais essayer d’abréger :

On me pense bornée alors que je me remets sans cesse en question.
On me pense sûre de moi alors que je doute en permanence et que, plusieurs fois par jour, je me trouve nulle, nulle, nulle.
On pense que j’aime chercher la petite bête alors que j’ai juste besoin de précision, de certitude.
S’il y a une faille dans un discours, elle me saute aux yeux et se crée alors tout un arbre noir des causes possibles de cette faille. On me mentirait ? On se moquerait de moi ? On voudrait me manipuler ? Alors je demande pourquoi, comment, quand, combien, où… 10 fois, 20 fois, sous autant de formes différentes. Je peux même revenir sur une conversation plusieurs jours après sa fin.
Ma pensée et mon discours sont arborescents. C’est pour cela que l’on pense que je saute du coq à l’âne alors qu’en réalité j’ai simplement sauté d’une branche à l’autre, le tronc restant le même. Car même si je suis en train de parler sur une branche, l’arbre continue à pousser et de nouvelles branches apparaissent. Et parfois, une nouvelle branche me semble plus intéressante que celle sur laquelle je suis.
Mon sens de la justice est exacerbé. Je ne supporte pas la malhonnêteté, la mauvaise foi et la méchanceté, surtout quand elle est gratuite et volontaire. Ça me met dans tous mes états et, non, je ne peux pas laisser couler. Je ne PEUX PAS.
Si l’on ne me comprend pas, je m’énerve très vite car c’est un très gros effort pour moi que de détailler mon raisonnement (souvenez-vous de l’école). Cet effort, je le fais en permanence, en utilisant au maximum ce que j’ai pu capter des codes de communication de mon interlocuteur. Alors arrive un moment où je me dis que l’autre le fait exprès et qu’il pourrait faire un effort, lui aussi.
On me dit que je parle aux autres comme à des crétins alors que je fais juste un effort monumental pour qu’ils puissent suivre mon raisonnement.
On me pense froide et fermée mais je déborde d’empathie : je pleure à la place de ceux qui se font engueuler ou qui se blessent. Par contre je suis incapable de savoir ce que l’autre ressent à mon égard.
Je dis souvent des choses méchantes mais sans en avoir l’intention : pour moi un fait, une certitude, ou au contraire une question, ça ne peut pas être blessant.
J’ai besoin de contact, de câlins, de démonstrations physiques d’affection. Car j’ai le sens du toucher développé et j’ai besoin d’être stimulée à ce niveau comme j’en ai besoin au niveau intellectuel.
On pense que je me fiche des autres mais c’est le contraire. J’ai besoin de partager ce que je vis, je pense, je ressens. Et j’ai besoin que les autres fassent de même.
J’ai une créativité débordante, des idées plein la tête. Alors souvent je dis « imagine…. » Et faute d’avoir trouvé des amis assez compréhensifs, je me suis longtemps réfugiée dans mon monde imaginaire. Avec un peu d’aide, à une époque. Comme beaucoup de zèbres, paraît-il…

Vu comme ça, un zèbre semble pénible. Je dirais plutôt que c’est fatiguant dès lors qu’on ne s’ouvre pas à son monde. Mais il suffit d’écouter, de chercher à comprendre en posant également des questions, de raconter ses journées, tout simplement, pour analyser ce qu’il s’est passé ensemble, et c’est tout un monde qui s’ouvre à vous ! Un livre vous intéresse mais vous n’avez pas le temps de le lire ? Expliquez nous pourquoi il vous intéresse, offrez-le nous, on le lira et on se fera un plaisir de vous raconter l’histoire au fur et à mesure de notre lecture. Vous avez un problème dont vous sentez la solution proche mais vous n’arrivez pas à la trouver ? Exposez-le nous, on adore les énigmes, devinettes et autres stimulations cérébrales de ce type. Vous commencez à vous passionner pour une science, une culture ou autre mais ne trouvez personne avec qui partager cette passion ? Faites nous découvrir tout ça !
Ça y est, vous commencez à comprendre l’intérêt de côtoyer un zèbre ? Et vous avez compris qu’on fait vraiment tout ce qu’on peut et que c’est aussi à vous de faire un effort ?

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Aujourd’hui on appelle ça un zèbre

Le rédacteur en chef de 8e étage, rédaction qui a publié l’article initial, m’a contactée en m’expliquant le problème de non respect de la propriété intellectuelle et du travail d’autrui que cause mon article. Alors, parce que légalement il ne peut rien contre moi mais qu’il a les moyens, comme tout le monde, de me faire suer jusqu’à déshydratation complète, je vais faire exactement ce qu’il me demande, c’est à dire reprendre le début de son article et vous inviter clairement à aller le lire.

Début de son article :

[RÉCIT] VOUS ME PENSEZ SURDOUÉ, JE ME CONSIDÈRE INCAPABLE : DANS LA TÊTE D’UN ENFANT ZÈBRE

 Je sais que je suis différent. Je ne pense pas comme les autres garçons de mon âge. Personne n’est comme moi et je ne suis comme personne. Je ne suis pas mieux, même si on m’appelle à tort « surdoué », et je me sens souvent plus nul que nul. Je suis un enfant-zèbre.[Récit par Daisy Lorenzi]

Je m’appelle Thomas. Comme tous les garçons 12 ans, je . . .

Et maintenant je vous invite clairement à aller le lire.

Je rajoute même, au cas où vous ne l’auriez pas compris, qu’il m’a beaucoup plu et je reprécise que c’est grâce à lui que je peux enfin expliquer aux gens normaux qui constituent mon groupe de proches ce que je suis, ce que je ressens. Voici le lien direct : http://8e-etage.fr/2014/04/23/vous-pensez-surdoue-je-considere-incapable-dans-la-tete-dun-enfant-zebre/#comment-304

En espérant que cela suffise à calmer les esprits…

À suivre dans un prochain billet :

Ma façon d’être zèbre écrite toute seule, comme une grande…

Une chaîne via nos blogs : Liebster Awards

Taguée par Maonha (punaise ! ils sont où tous les accents que tu utilises ???) et trouvant ça plutôt fun, je m’y colle :

Qu’est ce qu’un Liebster Awards ?

Un Liebster Awards est un tag qui permet de faire connaître les nouveaux blogueurs de moins de 200 abonnées dans la blogosphère.

Comment ça marche ?

1. Chaque personne taguée doit écrire 11 choses sur elle.
2. La personne taguée doit répondre aux questions posés par la personne qui l’a tagué.
3. La personne taguée doit poser 11 questions aux personnes qu’elle va tagué.
4. La personne taguée doit taguer 11 blogueurs de moins de 200 abonnés.

11 choses à mon sujet :

1. Ce n’est pas que je n’aime pas mon physique, hein, c’est juste que je suis un top model…. version renaissance…

2. Parfois j’aurais aimé être complètement crétine. Je me dis que si je n’avais pas la capacité de réfléchir comme je le fais, je ne me rendrais pas compte de toute cette agressivité ambiante, de toutes ces mauvaises pensées dirigées contre moi. Mais ce n’est pas le cas.

3. Ce n’est pas que j’aime particulièrement avoir raison ou avoir le dernier mot, c’est plus que tant que j’ai des arguments qui tiennent la route, je ne vois pas pourquoi je ne les sortirais pas.

4. Et quand j’ai la preuve irréfutable que j’ai raison, alors oui, je me fais un plaisir de la coller sous le nez de ceux qui se sont contenté de me prendre pour une folle.

5. J’aime la bouffe qui a du goût. Du coup c’est compliqué d’aller au resto car il faut vraiment qu’on me propose des trucs inédits pour changer de mon quotidien. Bon, ok, de temps à autres je me laisse tentée par de la very bad bouffe….

6. Chez moi ce n’est pas le Bronx. Non. Chez moi, c’est customisé par un enfant de 2 ans très créatif…

7. Les malheurs de la vie sont, pour moi, des défis, des énigmes à résoudre. Et j’adore résoudre des énigmes, même si j’aimerais parfois faire face à moins de malheurs.

8. J’aime partager. TOUT partager. À tel point que je n’aime pas me faire une sortie en solo. Aucun plaisir n’en est un pour moi si je ne peux pas le partager, en fait…

9. Je suis Maman. Profondément Maman. Une vraie ourse : tendre avec mes enfants et impitoyable (voire dangereuse) avec ceux qui leur nuisent ou cherchent à le faire.

10. Les procédures ne me font pas peur. Elles ne me découragent pas. Et un règlement de 150 pages non plus.

11. Je suis très contente d’avoir trouvé 10 choses à dire sur moi !

Les questions auxquelles on m’a demandé de répondre :

  1. D’où vient le nom de ton blog ?
    La Plume = la façon d’écrire, Rousse pour ma couleur de cheveux
  2. Qu’est-ce qui t’inspire ?
    Ce que je lis, je vois, j’entends, je vis. Quand cela réveille une forte émotion, j’écris sur le sujet.
  3. Tes souhaits du moment ?
    Justiiiiiiiiiiice !
  4. Qui es-tu en quelques mots ?
    Heu…. C’était pas l’intérêt des 11 trucs à écrire sur moi ?
  5. Un livre qui t’a bouleversé-e ?
    Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes.
  6. Quelle est ton expression favorite ?
    ‘Faut pas déconner
  7. Y-a-t-il une tendance qui t’énerve ?
    Oui : celle que les gens qui devraient me faire confiance ont à douter de moi en permanence juste parce qu’ils ne me comprennent pas (volonté ? Incapacité ? That is the question).
  8. Tu dois partir sur la lune, tout(e) seul(e), qu’emmènes-tu ?
    De quoi vivre et être connectée au net.
  9. Si tu viens manger chez moi, je te prépare quoi ?
    Là, tout de suite, je rêve de poisson cru.
  10. Quelle est ta citation préférée ?
    En ce moment, je penche pour « les caprices, c’est tout ce que l’adulte ne comprend pas », d’Isabelle Filliozat
  11. Est-ce que toi aussi tu te demandes pourquoi c’est le nombre onze qui a été retenu ?
    Parce que 1+1=11, et ça c’est beau !

Mes questions…

1. Quand tu regardes par la fenêtre, là, maintenant, tu vois quoi ?

2. Si on te donne 11 000 euros, tu en fais quoi ?

3. Quel a été l’élément déclencheur pour l’ouverture de ton blog ?

4. Tu fais des to do list, toi ?

5. Si tu pouvais avoir un super pouvoir, ce serait lequel ?

6. Tu galères pour trouver les titres de tes billets ?

7. C’est quoi, ton vice ?

8. Quel look aimes-tu ? C’est celui que tu as adopté ?

9. Quel est le moment optimal pour écrire tes billets ?

10. Tu prends combien de temps / jour dans ta salle de bain ?

11. T’as mis combien de temps à trouver 11 trucs à dire sur toi ?

…que je pose à :

Milkywoman
Lili materne
Oranjumo
Mme Déjantée
Une Jeune Idiote
Mél
Matern’ moi
Ma vie by me

Bon, je le dis : je suis une quiche car je n’arrive pas à voir le nombre de followers à tous les coups. Donc il est possible que je me sois plantée dans ma sélection.

Ouh la vilaine mère au foyer !!!

Dans les faits, je suis mère au foyer car je m’occupe de mon fils tous les jours, toute la journée.
Mais dans la réalité fiscale, je suis une femme active puisque je travaille 3 nuits par semaine, de 21H à 6H30 (mon fils reste alors à la maison, avec son père, le temps de dormir).
Et oui : j’ai la double casquette.

Et justement, au moment où nous nous disions, avec mon homme, que cette situation ne nous convenait plus, que 2 casquettes étaient ben trop lourdes à porter (à cause du manque de sommeil), et que nous allions devoir faire un choix, nous apprenons que celui-ci nous allait être refusé.

Nous avions pesé les « pour » et les « contre », pour en venir à la conclusion que notre fils n’aurait certainement pas eu son caractère si joyeux, si curieux, n’aurait certainement pas eu ce soucis de l’autre, cette empathie, et surtout son amour des petits rien du quotidien s’il avait été confié à un ou plusieurs étrangers avant même de pouvoir exprimer son avis sur la question. Nous en avions conclu que rien ne pouvait contrebalancer cela dans notre choix et que si nous avions décidé d’avoir des enfants ce n’était certainement pas pour en faire des êtres en quête des besoins inassouvis de la petite enfance.

Nous n’avons pas les moyens de combler leurs besoins en ne les voyant que 2 heures par jour + les week-end. Nous ne savons pas. Pour ce faire, nous avons besoin qu’au moins l’un de nous reste s’occuper d’eux en permanence. Et c’est Monsieur qui aurait fait le sacrifice de rester au travail, car il n’a ni les moyens de porter nos enfants, ni les moyens de les allaiter et que, chez nous, cela fait nécessairement partie de l’éducation des enfants. D’après nous, ils ont besoin de ce contact tout autant qu’ils ont besoin d’amour, de découvertes, de soins, de jeux, de nourriture, pour leur corps et leur esprit. Nous avions même prévu qu’une fois le dernier né sevré, je retournerais travailler pour permettre à Monsieur de transmettre à son tour.

Bref, c’était donc logiquement à moi, la mère, de bénéficier en premier du choix de répondre aux besoins essentiels de nos enfants. Même si cela signifiait pour nous une coupe nette dans notre budget (déjà très serré). Un trou que même les aides ne pourront pas combler. Nous étions en train de voir de quelle manière notre vie pouvait changer, de calculer au centime près la manière dont nous pourrions survivre financièrement à cette situation qui nous tient tant à coeur. Nous étions sur le point d’avoir trouvé la solution lorsque, tout à coup, une Ministre ne connaissant visiblement pas la vie d’un parent au foyer nous a envoyé dans la figure à quel point notre vision de la vie était anti-citoyenne et bientôt punissable par le porte-monnaie. Madame la Ministre veut nous faire croire que s’occuper de sa famille par choix n’est pas valorisant pour la femme (car elle ne sait pas non plus que, parfois, ceux sont les hommes qui font ce choix).

Alors moi, j’ai deux trois petites choses à dire à cette femme :

Si s’occuper des enfants n’était pas complexe et valorisant, nous n’aurions pas besoin d’un diplôme et ne recevrions pas de salaire pour nous occuper de ceux des autres.
Si avoir le pouvoir de nourrir son tout petit grâce à notre corps (je parle ici d’allaitement) n’était pas valorisant et essentiel, il n’y aurait pas de lactarium permettant la survie de millions de nouveaux nés. Pour les allaiter de manière optimale, nous avons besoin d’être avec eux aussi longtemps qu’ils ont besoin de lait (voir avec votre confrère de la Santé pour plus de précision).
Si la capacité de rendre nos enfants assez confiants et épanouis pour devenir des citoyens responsables et conscients n’était pas valorisante, alors il n’y aurait pas toujours plus de lois, d’études et de rapports valorisant cela.

Mes journées ne sont pas celles d’une esclave, bien au contraire.

J’ai des journées de pédagogue (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de cuisinier (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de directrice des opérations (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de médiateur (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de responsable des plannings (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de décoratrice d’intérieur (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de technicienne de surface (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), d’infirmière (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), de psychologue (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), d’assistante maternelle (métier valorisant à vos yeux lorsqu’il est rémunéré), et j’en passe.

En écrivant cela, je me rends compte que ce que veut nous faire croire la Ministre, c’est que sans rémunération, point de valorisation. Les valeurs humaines ne valent rien (l’étymologie des termes est voulue).

Il faut sortir de cette vision des rapports humains dans lesquels la dominance est maîtresse. En restant au quotidien avec mon fils, je lui ai appris l’importance du respect, de la réflexion, de l’empathie, de l’entraide… car j’ai eu le temps pour cela. Si je n’avais eu que deux trois heures par jour et les week-end pour le faire, je n’aurais eu certainement d’autre choix que de recourir à l’obéissance aveugle, la contrainte, l’égocentrisme, l’individualisme…

Est-ce cela que veut notre Ministre ? Une génération en quête de besoins inassouvis, incapable de réfléchir à des solutions pour la Nation, trop occupée à résoudre ses propres problèmes ? Ah mais oui ! En écrivant cela je me souviens de la recette correspondant à ces ingrédients :

la Dictature !

Être une femme « avant tout »

L’autre soir, j’ai eu l’occasion de passer du temps avec des copines. Je m’en faisais d’avance une fête, me disant que quelques heures d’insouciance dans ce monde de brutes ne seraient pas du luxe. Sauf que ces copines-là sont ce qu’on appelle « des vraies filles ».

Après m’avoir demandé des nouvelles de mon fils et m’avoir dit que je ne faisais pas comme il le fallait avec lui car je suis trop à son écoute,
Après m’avoir demandé des nouvelles de mon homme et m’avoir dit que je devais le larguer car il ne me traite pas comme une déesse,
Après tous ces bons conseils que je dois absolument appliquer pour être heureuse, donc, elles me regardent de la tête au pied et me demandent combien de temps je passe devant le miroir…

Cela faisait déjà 2 heures que la soirée avait commencé et j’attendais toujours l’insouciance dont j’avais tant rêvé. Soupirs…

Alors, selon les copines, je dois absolument restreindre le temps passé à faire des trucs que j’aime mais que les magazines féminins n’aiment pas pour faire des trucs que je n’aime pas faire, du genre passer une heure par jour dans la salle de bain à me pomponner (perso, 5 minutes ça me va bien), dépenser des sous que je n’ai pas dans des fringues « à la mode » (je ne suis pas une plouc non plus, hein, je vous rassure, mais je préfère porter des trucs qui me vont et dans lesquels je me sens bien, ce qui n’est pas toujours compatible avec la mode), et prendre un abonnement chez le coiffeur et l’esthéticienne, ce pour quoi je n’ai pas les moyens, pour la simple et bonne raison que…

Je suis censée être une femme « avant tout »

Mais il veut dire quoi ce « avant tout » ? Avant quoi ? Avant d’être conjointe ? Avant d’être mère ? Avant d’être travailleuse ? Avant d’être bénévole ? Donc une femme n’est pas tout ça ? Une femme, une vraie, n’aurait pas d’amour fixe, ni d’enfant, ni de travail, ni de volonté de faire changer les choses qui lui déplaisent ?

Mais alors que fait la femme, la vraie ?

D’après ce que j’ai conclu de cette soirée, et même si en me prodiguant leurs bons conseils les copines ne se rendaient certainement pas compte de ce qu’elles disaient, la femme, la vraie, passe son temps à se faire belle, à lire des magazines féminins ou des romans à l’eau de rose dont le fil rouge est une histoire d’amour, à voir ses copines, à plaire, à être convoitée et gâtée comme une reine…

Les autres ne seraient donc pas des femmes ?

Quelque chose me chiffonne, là. Cela voudrait dire que lorsqu’on voit une femme avec son enfant, son homme, au travail, on la trouve moins séduisante ? Cela voudrait dire que les gens « normaux » ne sont pas capable de voir la personne au-delà de la situation ? C’est très insultant ! Et c’est insultant aussi pour la femme en nous, qui n’aurait que le droit d’être belle et naïve !

Bref, je ne suis pas une femme « avant tout », je suis une femme, tout simplement

avec toutes les facettes que ce terme comprend. Et ça me va bien, merci de vous en inquiéter.

Peu importe qui je suis…

Dans ma famille (j’entends ici famille proche. Les personnes avec lesquelles j’ai grandi ou qui ont grandi avec moi) il y a :

Des blancs, des arabes, des noirs, des métisses, des quarterons, des intellectuels, des sportifs, des grands, des petits, des maigres, des minces, des gros, des extravertis, des réservés, des cheveux raides, des cheveux bouclés, des cheveux crépus, des cheveux courts, des cheveux longs, des cheveux noirs, des cheveux bruns, des cheveux châtains, des cheveux roux, des cheveux blonds, des cheveux gris, des yeux bleus, des yeux verts, des yeux marrons, des yeux noirs, des hétérosexuels, des homosexuels, des familles simples, des familles recomposées, des mariés, des concubins, des PACSés, des chrétiens, des musulmans, des agnostiques, des athés, des scientifiques, des littéraires, des barbus, des rasés, des naturels, des sophistiqués, des superficiels, des écologistes, des militaires, des profs, des étudiants, des écoliers, des artisans, des entrepreneurs, des employés, des riches, des pauvres, des citadins, des campagnards, des maniaques, des bordéliques…

Je les aime tous autant les uns que les autres. Alors ne venez pas me dire que je dois m’ouvrir à la différence, parce que là c’est vous qui la faites !