Je ne te demande pas ton avis 1/1

DSC_0116Bon, alors. Ça, ça me travaille depuis un moment.

On est tous d’accord (enfin, ceux qui ont compris et qui ne font pas légion) que quand une femme dit « non », c’est « non ».
Mais quelque chose me chatouille depuis un moment et m’empêche de penser tranquillement.

Quand je suis dans une relation avec une personne à qui j’accorde ma confiance, il se peut que mon « non », ne soit pas un vrai « non ».

Ne sortez pas tout de suite les fourches et le bûcher.

J’explique.
Je suis la première à encourager que l’on fasse particulièrement attention à l’autre en matière de sexe.
Une fois que je suis certaine que mon partenaire (qui peut être une femme), fais attention à moi et ne me fera jamais, je dis bien jamais, quelque chose dont je n’ai pas envie.
Je peux ouvrir mon intimité à cette personne.
Sachant que c’est quelqu’un qui me connais bien, il sait qu’en matière de consentement, je ne rigole pas.
Mais du coup, je me retrouve bien emmerdée.
J’ai dis, on ne tape pas!
Disons que je suis très ouverte à plein de choses, mais ma pensée, elle, ne l’est pas du tout ( c’est une emmerdeuse de première qui a peur de tout ce qui touche au sexe et crois que les bébés naissent dans les choux).
De fait, elle n’ a strictement rien à foutre de ce que peut vouloir le reste de ma personne.
Si bien que si elle, entend des mots comme « pute » ou « salope », ou encore que j’ai envie de coucher avec plusieurs personnes en même temps, ou que j’apprécie particulièrement d’être « défoncée », elle va partir dans tout les sens et hurler :
« Non, mais qu’en penseraient les féministes, tes copines féministes, ta mère, le patriarcat… qui te rappellent que les hommes baisent mais que les femmes font l’amour. Que tu es romantique et fragile. Que le sexe ne t’intéresse pas. Ou que tu dois a contrario être une amazone qui domine le « mâle » et que seulement ainsi tu es une vraie femme. Tu es une femme respectable, donc avec une sexualité de merde. »
La pensée… Je ne parle même pas de ses potes installés au Vatican, parce que je sens la longue digression arriver et l’envie de me pendre y est associée.

Je sais que nous sommes beaucoup de femmes à vivre avec ce tyran qu’est notre pensée. Que nous aimerions, pour une fois qu’elle soit laborieuse et nous foute un peu la paix.

Alors, j’ai très envie de partager avec vous ce que je demande à mes partenaires pour calmer mon esprit.

« Je vous ai choisis parce que je vous sais, sensible, respectueux, intelligent et infiniment aimant. A part si je vous dit « rouge », auquel cas, vous devrez arrêter immédiatement ce que vous faites ou ne jamais répéter ce qui est sorti de votre bouche, tous les « non » qui sortiront de ma bouche seront ceux de mon ennemi en matière de plaisir charnel : ma pensée. « Non, je ne peux quand même pas aimer ceci ou cela. Je ne peux pas éprouver du plaisir à entendre, tel ou tel mot. »
En fait, ce « non », est le « non » de ma conversation interne avec laquelle je lutte du début à la fin de notre échange intime.
Je vous demande donc partenaires, de m’aider à faire taire ma pensée. Parce que, moi, elle m’envahit et à force d’arguments elle m’épuise et gagne. Je finis par ne plus rien ressentir et vivre mon corps comme une nature morte.
Merci donc de répondre à ma pensée, que vous ne lui demandez pas son avis tout en poursuivant ce que vous avez entamé. »*

N’en déplaise aux filles des Simone ou aux hommes qui confondent les femmes avec des objets.

N’en déplaise à ma propre pensée.

Ma sexualité est le plus souvent en désaccord avec vos principes et elle s’en porte très bien ainsi. Elle vous remercie à l’avenir, d’aller casser les noisettes du voisin d’à côté.

La plume noire

*Précisions importantes dans cet article

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Je ne demande pas ton avis 2/2

DSC_0107C’est un bonheur de savoir que tu fais attention à moi. Que parfois, je ne me sens pas prête à expérimenter une pratique nouvelle et que d’une voix douce et chaleureuse, tu me rassures. Tu me dis que « Tout va bien se passer, que tu es là pour moi. Que si je dis le moindre mot, ou que tu lis sur mon visage une hésitation ou encore que j’ai légèrement mal, on arrêtera immédiatement. Que tu m’aimes et ne souhaites que mon bonheur et mon bien-être.» Et, si je ne souhaite vraiment pas essayer, ce n’est en aucun cas un problème.Cela est primordial dans une relation.

Mais aujourd’hui ce que je te demande, c’est autre chose. Je te demande de ne pas me demander mon avis…
ET C’EST SEULEMENT PARCE QUE JE TE LE DEMANDE, QUE TU PEUX LE FAIRE.
Il S’AGIT D’UNE DEMANDE PRÉCISE ET EXPLICITE. IL EST IMPENSABLE DE PASSER AU-DELÀ DU « NON » DE SON PARTENAIRE SANS QUE LA DEMANDE AIT ÉTÉ POSÉE TRÈS CLAIREMENT. Je préfère me répéter et qu’il n’y ait aucune confusion entre une demande claire et précise et le fait qu’une personne pense à la place de l’autre sans accord préalable.

J’ai envie de m’adresser à tous les hommes et toutes les femmes que mon propos peut intriguer ou qui se sont déjà posé ce type de question, qui ont rencontré cette ambivalence entre le oui et le non dans la relation sexuelle et qui sont bien en peine de pouvoir la dépasser, qui aiment sincèrement l’autre et ne veulent surtout pas la/le blesser par des demandes ou des attitudes inappropriées.
Je suis une femme et je parle ici en tant que femme qui s’adresse à son partenaire. Mais ce que je dis peut concerner tous types de couples. Simplement de mon expérience, cette problématique concerne principalement des femmes en couple avec un homme.

Dans la pratique, j’ai choisi de donner un nom au cycle de la relation sexuelle : je l’appelle la boucle de sérénité relationnelle. Elle comprend les préliminaires, le sexe ardent, la douce descente.

Les préliminaires :
Il est appréciable de rencontrer l’autre dans un espace d’amour, de tendresse et de complicité. Cela permet de lier à la fois ce qui se passe au niveau intellectuel et émotionnel avec le niveau physique. C’est un moment où la pensée est tranquille parce qu’on ne vient pas encore taper à sa porte pour lui dire que ce qui va suivre, ne va pas lui plaire.

A un moment, la pensée de votre partenaire va l’envahir et la paralyser. Cela demandera sûrement de l’entraînement avant que vous sachiez repérer « quand » ce moment arrive. C’est peut-être encore l’occasion de trouver ensemble un geste ou un mot simple pour signifier que ce moment est arrivé. Mais nous y voilà, l’amour doux et tendre qui a permis les premiers échanges commence à faire baisser le désir au lieu de l’augmenter. Il est temps de passer à un autre type de rapport.

Le sexe ardent
Pour ce qui est du factuel, il y a tout ce qui touche au à ce qu’on dit :
Elle                                                                                            Lui
Non, on ne peut pas faire ça…                             / Oui, mais, on va le faire quand même
Je ne suis pas sûr que j’ai envie                           / Chuuuuuut… Laisses toi faire
Pas maintenant                                                   / Si maintenant

Ce qui touche au aux impositions physiques :

Je me souviens de l’un de mes partenaires qui le visage entre mes cuisse me procura beaucoup de plaisir. Il m’en procura tellement que je le ressenti comme un « trop ». Je lui dis que c’était trop, je lui ai dit « arrêtes toi ». A ce moment, il agrippa mes hanches et redoubla d’intensité l’action effectuée par sa langue. Je n’aurai jamais imaginée que cela me procurerait autant de plaisir (je répète que si j’avais dis « rouge », il se serait arrêté).

Il peut être très apprécié de retourner sa partenaire avec vigueur et précision (attention, le but n’étant pas de faire mal). Poser sa main sur sa bouche, si définitivement elle parle trop (Sachant qu’il est ABSOLUMENT INDISPENSABLE, d’avoir créé un code « rouge » physique, puisqu’il n’est pas possible de parler à ce moment-là).
C’est avoir un regard non pas dur, mais profondément assuré. Avoir une voix posé
e et dans des vibrations basses.
C’est bloquer certains mouvements. Ce qui peut passer par attacher votre partenaire, mais aussi plus simplement avec vos mains, avant-bras, coudes, menton, genoux…
L’avantage d’utiliser
autre chose que votre corps pour maîtriser votre partenaire est que vous pouvez utiliser celui-ci pour stimuler votre partenaire à plusieurs endroits différents simultanément. Ce qui permet également de saturer la pensée de votre compagne qui comme vous l’avez compris maintenant, casse les couilles à tout le monde.

Le plus important maintenant, l’attitude, l’état d’esprit :

Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, si vous n’avez pas le sentiment d’assurance nécessaire et un ressenti intense d’affirmation de vous même, cela ne fonctionnera pas. Soit vous serez anxieux et cela cassera tout, ou pire vous tomberez dans l’humiliation ou du dénigrement et cela insécurisera votre partenaire et cela risque de se terminer en gros sanglots sur le carrelage de la salle de bain (à ne pas confondre avec les pratiques BDSM, où la soumission est le miroir du respect que les partenaires ont l’un pour l’autre).

Ce qui vous est demandé est d’être sûr de vous.

C’est être ferme dans tout ce qui est fait.

Cela permet à votre partenaire de se sentir rassurée, contenue. Ce qui lui donne l’espace de laisser son esprit s’exprimer et se débattre tant qu’il veut. Sa pensée pourra ainsi s’enfermer dans ses principes à loisirs tout en ne prenant pas la place du plaisir. Puisqu’il y aura en face de cette dernière un autre pour lui dire qu’elle peut s’exprimer tant qu’elle veut et que de toutes façons, on ne lui demande pas son avis !

En somme, il s’agit de maîtrise de soi pour que l’autre sente que cette maîtrise compense la sienne et pouvoir ainsi lâcher prise.

La douce descente
C’est le moment où, il faut bien distinguer ce qui peut être parfait en matière de sexe et qui n’a plus du tout sa place une fois que l’euphorie a quitté votre partenaire. Lors du retour au calme, beaucoup de tendresse, de mots d’amour, de tendres baisers, de regards remplis de douceur, sont indispensables pour refermer la boucle de sécurité relationnelle.

Prenez votre partenaire dans vos bras, écoutez si elle a besoin de parler. Si elle a mal vécu quelque chose, ne jamais le prendre pour vous, vous prendriez le risque qu’elle ne se confie plus. Ce qui empêcherait de fait de pouvoir grandir ensemble sur le chemin du plaisir partagé. Si elle a mal vécu quelque chose, vous n’avez probablement rien fait de mal. Vous venez seulement d’apprendre tous les deux une nouvelle information sur ce qui est bon pour elle.

Bénéfices secondaires pour lui :

Pour celui qui est en position de maîtrise de lui-même et de l’autre, cela peut lui être utile d’une point de vue de l’économie émotionnelle.

Si vous êtes une personne ayant du mal à vous affirmer, à exprimer votre point de vue. Voilà un bel espace pour vous entraîner de façon sécurisée, auprès d’une personne que vous aimez.
Si au contraire vous n’avez dans la vie aucun problème à vous affirmer et même une légère tendance à l’autoritarisme ou à la condescendance, voilà un espace où vous pourrez vivre cette part de vous et qu’elle soit agréable à recevoir pour l’autre. Peut-être même ressentirez vous moins le besoin de l’exprimer dans des lieux où ces attitudes n’ont pas leur place.

Bénéfices secondaires pour elle :

Assumer ses désirs et ses besoins. Découvrir qu’un autre peut être aussi solide qu’elle. Qu’il peut avoir des capacités intellectuelles et affectives équivalentes aux sienness et qu’elle peut se reposer sur lui en étant réellement sécurisée. Découvrir qu’assumer ce genre de désirs (qui comporte beaucoup d’éléments de soumission), est un des meilleur moyens d’être indépendante sexuellement et affectivement. A partir du moment où, l’on nomme ce dont on a besoin, que l’on choisit le partenaire approprié et qu’on se donne l’espace de vivre pleinement ses désirs, on peut considérer qu’on prend en charge ses besoins sexuels et affectifs. On n’est donc plus dans la dépendance.

En conclusion, ces types d’échanges demandent de la part des deux partenaires, une grande confiance, une grande complicité, une communication claire, un respect profond ainsi qu’une haute estime mutuelle.

Ce n’est qu’en étant parfaitement aligné avec l’autre qu’il est possible de s’engager dans ce genre de voie et d’en ressortir infiniment heureux…

La plume noire

Je mesure 1m62 pour 82 kg, je porte du 44 : je suis obèse

Depuis que je suis petite, je ne suis pas un « rêve de minceur ».

Je parle de rêve parce que ce, corps mince et élancé, mes parents les premiers étaient paniqués de ne pas le voir en me regardant.

En trente ans, ce corps filiforme je l’ai vu… sur les autres.

Il y a eu l’école et ces petites poufs qui se moquaient, qui me disaient de faire des régimes, que personne ne pourrait m’aimer avec un tel corps. Pour me rendre compte, des années après, que les mamans de ces filles étaient pour certaines anorexiques et entraînaient leurs enfants dans le même cercle mortuaire.

Je l’ai vu dans les magazines. Ces femmes qui étaient si belles et nous faisaient rêver la minceur. Pour apprendre un jour que ces sublimes jambes de femmes qui vantaient les mérites des crèmes anti-cellulite étaient le plus souvent des jambes de jeunes filles ne dépassant pas 14 ans ou des jambes d’hommes épilées ! Pour être une femme « normale » (donc mince, ndlr) il ne faut pas être une femme !

Mais pourtant… J’en ai vu des femmes minces dans la rue, sur la plage. C’est simple : j’avais même la sensation qu’à part moi, toutes les femmes étaient minces parce que je ne voyais qu’elles. Elles avaient de petites fesses rebondies, des seins qui se dressaient fièrement vers le monde et des muscles qui finissaient de sculpter leurs corps parfaits. Ces nanas, quand elles bougeaient, je regardais leurs seins et leurs cheveux danser. Quand je faisais la même chose, c’est toute ma graisse que je voyais s’agiter et une envie de m’enterrer dans le sable se manifestait.

Il y a aussi ces hommes qui s’éclataient au lit avec moi et étaient capables, un jour, de me dire que, quand même, la vue de mon ventre gâchait tout… Manifestement, cela ne les avait jamais empêché de me désirer ni de jouir.

Et pour finir, mes bourreaux préférés : les médecins.

Ceux-là, ils sont là depuis toujours. Dans leur cabinet, je me suis sentie terrorisée, misérable, triste, en colère. Ils m’ont astreinte à des tas de régimes différents qui n’ont évidemment jamais fonctionné. Et c’était toujours de ma faute. Pensez-vous qu’un seul aurait pu se dire que c’était les méthodes qui ne fonctionnaient pas ?

Quand, adulte, je me suis sentie assez forte pour envoyer balader les régimes et leurs potes en tous genres, j’ai cru que c’était fini.

Sauf que je suis tombée enceinte… Là, ce fut le festival des leçons de morale, des rendez-vous en veux-tu en voilà pour me faire maigrir, alors que, bordel ! J’étais enceinte !

Et pour finir, les punitions : avec mon poids, je faisais forcément partie des accouchements à risques. Donc le projet de naissance : poubelle. Contrainte d’avoir un accouchement déshumanisé pour ne pas être rentrée dans un jean en 36. Vous trouvez cela normal, vous ?

Si vous saviez le nombre d’années pendant lesquelles, chaque fois que j’avais une lame à la main, mon désir le plus ardent était de couper tout ce qui dépassait ! J’avais tellement envie de vous plaire, de vous faire plaisir, que vous me respectiez un peu… Que vous m’aimiez…

Pourtant, je sais que ma paire de seins en a fait rêver plus d’un, que mes fesses donnent prise pour être empoignée, qu’on n’a pas peur de me casser en me serrant dans les bras, que ma peau est douce et que mon corps est vraiment agréable, beaucoup plus agréable à toucher que celui d’une femme mince.

Il y a quelques jours, un de mes partenaires a pris une photo (celle illustrant cet article). Une simple photo prise avec son portable et dont l’unique retouche est un filtre noir et blanc…

C’est donc ça l’obésité contre laquelle je dois me battre ? Est-ce ce corps digne des plus belles représentations de Sanguines que je dois maltraiter ?

Aux femmes, aux médecins, aux partenaires amoureux, aux familles et tous ceux qui croient que je devrais me battre pour maigrir, je pense que, dans l’intérêt de tous, il serait davantage profitable de vous battre contre votre évident manque de discernement.

La plume noire

Mes histoires d’amour 

Mapremière histoire s’est terminée parce que nos parents déménageaient, chaque famille à un coin opposé de l’autre de la planète. Dur. J’ai 5 ans. Maintenant j’ai peur d’être abandonnée.

Ma deuxième s’est terminée « parce que toi t’es grosse alors que Nathalie, elle, elle est belle. » Dur. J’ai 7 ans. Maintenant mon corps entier est un complexe.

Ma troisième s’est… Aaah… Cette troisième… Il faut que je vous la raconte. J’ai 15 ans. Je suis invitée à ses 17 ans. Il y a un plan de table. Nous sommes à côté. Pendant tout le repas je sens sa main sur ma cuisse, son pied sur ma jambe et n’importe quel prétexte est bon pour se frotter à moi. Bien sûr que ça me fait de l’effet ! C’est la première fois qu’on s’intéresse à moi comme ça et l’idée m’avait déjà traversé l’esprit. À la fin du repas, les autres continuent à boire. Moi j’ai ma dose et en plus mon éducation m’oblige à aller l’aider à faire la vaisselle alors que je déteste ça. Je suis gentille. Nous somme deux. Seulement deux. Et nous faisons la vaisselle. Occasion supplémentaire de me faire comprendre son attirance pour moi. Je suis persuadée que je me trompe parce que, souvenez-vous, je suis convaincue depuis des années qu’à cause de mon corps on ne peut pas m’aimer. Mais j’ai « un beau visage et des cheveux de feu, des cheveux de rêve. » Puis j’ai bien choisi mon parfum. Frais. Mixte. Intemporel. « Et cette bouche ! » Alors nous nous séchons les mains sur le même torchon. Je suis littéralement dos au mur. Les autres ne nous voient pas, trop absorbés par l’alcool (ou l’inverse. Mais à ce moment précis je m’en fous). Ses mains quittent le torchon et me collent au mur. Sa tête se baisse vers la mienne et ses lèvres se collent à ma bouche. Longtemps. Je ne sais pas quoi faire. L’imprévu me paralyse et ça, je ne l’avais pas prévu. Ça y est : c’est fini. « Tu est spéciale. Tu me plais. Je ne pouvais pas résister. » Plusieurs mois passent et nous partageons des moments d’une intensité rare. Je suis la seule de tout le lycée à savoir gérer ses crises. Mais nous ne sommes pas dans la même classe. Alors on m’appelle en plein cours pour aller lui redonner vie. Je suis heureuse, je sifflote tout le temps, je sautille souvent. Et c’est précisément pour cette dernière phrase qu’un jour je me fais larguer. Dur. J’ai presque 17 ans. Maintenant je suis persuadée que je n’ai pas le droit d’être heureuse.

Ma quatrième histoire s’est terminée au bout de 10 ans parce que je souffrais trop. Tout ce pourquoi j’avais été aimée au début de notre relation était devenu au fil des années un défaut à ses yeux et donc également dans ma tête. Mes défauts étaient devenus une torture pour lui et des complexes supplémentaires pour moi. Dur. J’ai 31 ans. 2 enfants. Je m’en vais, maintenant persuadée que le monde serait plus heureux sans moi.

En route je rencontre ma sœur d’âme qui démonte une à une les croyances négatives que j’ai sur moi et me démontre par les faits que je suis une personne super à l’extérieure et extraordinaire à l’intérieure. Elle me dit qu’elle comprend que mon cœur soit fermé avec un super blindage mais que l’amour est la solution. Elle m’explique les autres et m’apprend à communiquer efficacement avec eux. 

Alors je décide, la peur au ventre, d’ouvrir à nouveau mon cœur parce que « ça peut être super chouette et qu’il [me] fait clairement du bien. » Et puis il arrive à me convaincre que je peux être aimée. Il me trouve parfaite. Mes petits et gros défauts sont secondaires. Il m’aime entièrement, je l’aime entièrement, je commence à m’aimer timidement. Découverte de l’amour réciproque entre amoureux. On vit un truc de fou !

Ma cinquième histoire s’est terminée parce que, malgré tout ça, ses sentiments ont disparu. Parce que plus je l’ai aimé, moins il m’a aimée jusqu’à ne plus m’aimer du tout. J’ai fait tout ce qu’il fallait à tous les niveaux et c’est précisément ce qui l’a fait fuir. Dur. J’ai presque 32 ans. Je suis persuadée que personne ne voudra jamais faire sa vie avec moi. Moi-même, j’aimerais bien ne plus être moi. Je déteste ce que je suis. L’amour me fera toujours mal alors que j’en ai cruellement besoin.
La prochaine fois que je me demande si je peux prendre le risque de me laisser tomber amoureuse, merci de me mettre un bon gros coup de pelle dans la tronche.

Femmes, sexe et croyances

 

Je t’ai rencontré, nous nous sommes rapprochés. Je n’avais pas envie de m’attacher parce que lorsque je m’attache, je m’attache profondément, intensément. Et je désire en retour la même intensité…

J’avais envie de parler, de rire, de partage et de sexe.

Car pour moi, le sexe, c’est comme, manger, boire, dormir, respirer. C’est tout simplement vital.

J’aime le sexe avec toi, j’aime le sexe avec elle, j’aime le sexe avec d’autres. J’aime quand on se donne du plaisir, que nos corps s’harmonisent pour un jour, pour une nuit ou pour la vie.

Mais j’ai besoin chaque jour, toujours, de sexe.

Tu m’as dit que pour toi la relation se vivait à deux, lorsque je t’ai expliqué que pour moi l’amour peut se partager avec plusieurs personnes simultanément.

Alors quand nous avons commencé à sentir qu’on s’aimait, quand tu m’as dit que tu m’aimais et que tu n’envisageais pas de partager, j’ai écouté. J’ai accepté parce que je m’autorisais moi aussi à aimer un peu…

Je t’ai laissé m’aimer et m’enfermer. Je ne pouvais plus me donner à d’autres que toi.

Nous ne pouvions nous voir que quelques jours par mois. Le reste du temps, mon ventre me brûlait, mes vêtements étaient sans cesse mouillés de désir. Ma tête à chaque instant menaçait d’exploser. Mes fantasmes, mes désirs m’envahissaient. J’avais envie de toucher, d’être touchée, de sentir, de ressentir, besoin d’être prise, de prendre, de faire jouir, de jouir.

La douleur m’arrachait le sexe, le ventre, puis tout le corps. Mais, par amour, j’attendais les seuls moments où j’allais te retrouver, toi, et enfin, le sexe…

C’était un immense cadeaux que je te faisais, celui de ma liberté, celui de mon plaisir, de ce qui me rend vivante. Je sacrifiais le partage de mon intimité et de mon amour universel pour ne donner qu’à toi.

Je t’ai dit combien j’avais peur de te donner autant, sachant que j’imaginais qu’un jour, comme tous ceux que j’avais connu, tu me quitterais. Parce que tu me trouverais trop compliquée, prise de tête, là où tu m’avais trouvée, au début, différente et stimulante.

Je savais qu’à ce moment le sexe avec moi te manquerait. Car ce que nous avons partagé était nouveau pour toi. C’était fort, imprévisible, inattendu. Parce qu’une femme libre, qui pense la vie autant qu’elle la savoure, a des limites bien différentes en matière de sexe que celles qu’on trouve habituellement chez d’autres femmes.

Hier, dans ta salle de bains, je me suis lavé les mains et lorsque j’ai levé les yeux, elle était là.

La boîte de préservatifs du début de notre histoire. Elle était presque vide, alors que nous n’en avions utilisé que quelques-uns.

Choc, j’ai mal. Je n’ai pas mal parce que tu as couché avec une autre. Le sexe, c’est beau. J’ai mal parce que tu m’a arraché ce droit de recevoir et de donner de l’amour à d’autres que toi. J’ai mal parce que tu m’as refusé le droit de sexe universel, que tu m’as laissée souffrir de ce manque. Que tu m’as mise en cage, étant toi même à l’extérieur de cette cage.

Quand je t’ai rejoint dans le salon, je t’ai dit avec le sourire que j’avais constaté que le boîte de préservatifs s’était vidée. Après quelques bafouillages, tu m’as rétorqué que tu « n’a[vais] pas à te justifier ».

Quand tu violes le contrat qui était le nôtre, que dois-je faire ? Dois-je t’appartenir à en dépérir ? Ne pas ressentir, ne pas dire ?

Finalement, pour toi, je suis une propriété qui pense trop.

Moi, je rêve de trouver des partenaires à la fois de sexe et de réflexion. Que peut-il y avoir de meilleur de plus extatique que de partager les joie du corps et de l’esprit avec un autre, avec d’autres ?

Parce que je m’aime, parce que j’aime, parce que j’aime le sexe, parce que j’aime penser et que j’aime partager. Parce que je suis libre et insoumise à la bêtise qui prive d’aimer et d’être aimé.

Je repends ma liberté.

La plume noire

Je t’aime

J’ai envie de te dire que je t’aime et pourquoi je t’aime toi qui as souffert…

Je t’aime parce que ta couleur est différente et qu’elle en cache souvent bien d’autres.

Je t’aime parce que tu as ce regard qui peut être d’une incroyable douceur comme il peut être d’une grande violence.

Je t’aime quand tu ne peux résister à partager ton cœur, ton corps et ton âme, que tu te lies à plusieurs personnes dans le même temps, parce que l’amour ne connais pas le temps, ni les convention sociales.

Je t’aime quand tu t’abstiens de mettre un autre face à ses lacunes et que tu lui fais le miroir de tout ce qu’il y a de beau en lui.

Je t’aime quand écrasé par la fatigue tu joues encore avec tes enfants parce que tu sais qu’ils sont ce qu’il y a de plus important.

Je t’aime quand tu la prends dans tes bras et que tu la protèges. Tes genoux sont pourtant sur le point de céder et tu tiens debout parce que tu l’aimes. Et quand tu aimes, tu trouves toujours la force.

Je t’aime quand ton poing s’enfonce dans un mur, aussi fort que celui de ton père s’est abattu sur toi quand tu n’étais qu’un enfant, parce que toi, tu ne frappera jamais le tien.

Je t’aime parce que tu as une capacité hors du commun à faire confiance à un autre autant que ce que peut être un être humain te terrorise.

Je t’aime quand tu ne dis rien, parce que tu laisses la place à l’autre de se tromper sans le juger.

Je t’aime quand tu es patience infinie parce que tu respectes le rythme de chacun.

Je t’aime quand, tu attends que tout le monde dorme dans la maison pour que ton sourire tombe et que tu pleures en silence. Car tu sais que tu es la plus forte et qu’il y a de bonnes chances pour qu’il en soit toujours ainsi.

Je t’aime quand les autres dorment depuis longtemps, alors que tes pensées se bousculent, t’oppressent, s’accumulent et te tiennent… éveillées.

Quand tu me parles quatre heures de la même chose avec chaque fois, cette petite découverte qui te donne l’espoir de comprendre, pourquoi.

Je t’aime quand tu pratiques un sport, un art martial, que tu es batteur ou danseuse et que tu imposes à ton extérieur, ta souffrance intérieure.

Je t’aime quand tu te réveilles en sueur la nuit parce que tu as fais un cauchemar. L’atroce et le réel dansent si bien ensemble qu’une fois réveillée, tu as peur dans mes bras doux et chauds, d’entendre un rire sordide qui indique que non tu n’es pas encore réveillée.

Je t’aime quand tu espères, désires de tout ton cœur, que tes parents, ta femme, tes frères et sœurs, tes amis comprennent qui tu es et t’acceptent sans te juger, sans vouloir te changer.

Je t’aime quand, les bruits, les odeurs, les contacts physiques te rendent presque fou et que tu te replies dans ta bulle.

Je t’aime quand tu as envie de hurler ta souffrance de vivre dans ce monde qui se moque, humilie, te frappe jusqu’à soumettre.

Je t’aime parce que tu défendras, tu apaiseras, tu redresseras, tu soigneras, tu soulageras, tu rendras plus fort.

Je t’aime parce qu’en ta présence, je pense que le monde peut devenir beau.

Je t’aime quand tu lâches ton armure et ton épée parce que tu n’en peux plus. Que tu ne donnes plus de nouvelles du jour au lendemain et réapparais quelques mois plus tard.

Je t’aime quand tu fonds en larmes en voiture parce que tu as vu un chat sans vie au bord de la route.

Je t’aime quand tu défends une idée jusqu’à l’épuisement.

Je t’aime quand tu pleures toute la journée.

Je t’aime parce que les limites te font rire, fuir mais ne t’arrêtent pas.

Je t’aime quand tu as envie de mourir.

Je t’aime quand tu abandonnes tout ce que tu as appris, pour savoir qui tu es.

Je t’aime parce que peu importe le prix, tu choisiras la liberté.

Je t’aime parce que tu es sans concession.

Parce que chez toi tout est plus fort, plus intense, plus vrai.

 

La plume noire

Je ne vous pardonne pas

Je ne vous pardonne pas l’alcool et la nicotine que j’ai ingurgités malgré moi alors que je n’étais même pas née.

Je ne vous pardonne pas de m’avoir laissé hurler un temps infini parce que vous ne vouliez pas arrêter la voiture alors que ma ceinture me brûlait (littéralement) le ventre.

Je ne vous pardonne pas d’avoir été malheureux quand ma fratrie était absente alors que j’étais là (et malheureuse aussi de ne pas les voir) et heureux lorsqu’elle était présente.

Je ne vous pardonne pas les régimes incessants que vous m’avez imposés dès mon plus jeune âge après m’avoir appris à arrêter de pleurer en avalant du sucre.

Je ne vous pardonne pas de m’avoir oubliée à la sortie de l’école un nombre incalculable de fois.

Je ne vous pardonne pas d’avoir laissé traîner mon appendicite puis ma grave entorse aux cervicales (dont j’ai encore des séquelles aujourd’hui) parce que vous préfériez me coller une étiquette de menteuse (et feignasse qui ne veut pas aller à l’école) que d’appeler immédiatement le médecin.

Je ne vous pardonne pas de m’avoir imposé votre naturisme lorsque j’ai exprimé que celui-ci me dérangeait.

Je ne vous pardonne pas de m’avoir obligée à rester Silencieuse dans ma chambre de longues heures durant parce que votre bureau était à la maison.

Je ne vous pardonne pas d’avoir fait passer votre entreprise avant mes problèmes d’enfant.

Je ne vous pardonne pas d’avoir passé des heures, tard le soir, à consoler ma mère ivre alors que les enfants de mon âge dormaient depuis longtemps.

Je ne vous pardonne pas de ne pas avoir vu que la chute de mes résultats scolaires (de 20/20 de moyenne à tout juste la moyenne) et mon changement de caractère étaient dû à du harcèlement scolaire. J’ai été menacée de mort, bordel !

Je ne vous pardonne pas d’avoir préféré penser que je n’étais qu’une feignasse.

Je ne vous pardonne pas d’avoir refusé que je suive les filières qui me plaisaient vraiment sous prétexte qu’elles n’aboutissaient pas sur un métier qui rapporterait assez pour mes « goûts de luxe » (ceux qui me connaissent savent à quel point mes goûts sont loins d’être luxueux).

Je ne vous pardonne pas d’avoir toujours considéré que ma parole ne valait rien.

Je ne vous pardonne pas d’avoir confondu ma défense avec de l’attaque.

Je ne vous pardonne pas d’avoir eu peur de mon hypersensibilité au lieu d’y adapter votre comportement.

Je ne vous pardonne pas d’avoir fait à ma place au lieu de me montrer comment faire puis de m’avoir dit que j’étais incapable.

Je ne vous pardonne pas d’avoir encouragé mon avortement alors que je disais déjà aimer ce bébé.

Je ne vous pardonne pas de m’avoir dit que je devais supporter les comportements que je vous disais être insupportables de la part de mon compagnon de l’époque parce que je devais déjà m’estimer heureuse d’avoir trouvé quelqu’un qui me tolère au quotidien.

Je ne vous pardonne pas de lui avoir souhaité bien du courage de vouloir vivre avec moi, devant moi.

Je ne vous pardonne pas d’avoir dit aux services sociaux que vous aviez peur que je sois violente avec les enfants alors que je suis la première à dire que toute forme de violence envers les enfants m’est insupportable et que vous avez un autre enfant qui, lui, gifle, fesse, punit et hurle sur ses enfants sans s’en cacher et que là vous ne faites rien.

Je ne vous pardonne pas d’avoir fait ami ami avec mon ex, le père de mes enfants, pour continuer à voir ces derniers alors que j’ai décidé de couper les ponts avec vous après que vous ayez eu un comportement violent avec le dernier.

Je ne vous pardonne pas vos mensonges, vos manipulations, votre mépris, tout ce qui fait que sans un seul coup et presque sans punition vous avez passé votre temps à me maltraiter.

Vous avez été des parents de merde.

Les dangers de l’allaitement prolongé

Il y a peu de temps, quelqu’un m’a dit que l’allaitement prolongé (que j’appelle allaitement normal, l’autre étant écourté puisque l’arrêt en est forcé mais passons) était dangereux pour le développement psychologique de l’enfant. Si je n’avais pas un périné en béton armé, je me serais fait pipi dessus. Je vous laisse donc aller aux WC avant de continuer la lecture.

Voulant jouer la carte open minded peace and love, je lui ai demandé gentiment « et sur quelles études vous appuyez-vous ? » Voici le (seul) lien qu’il m’a transmis : http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2005-2-page-265.htm

Je vous le copie-colle ici avec mes commentaires. Sait-on jamais, ils vont peut-être s’apercevoir de leur connerie et vouloir l’effacer ; je ne veux pas écrire pour rien.

Allaitement prolongé et ratés du sevrage : réflexions psychodynamiques

Le mot « psychodynamique » désignait au départ l’étude des relations entre réponses aux stimuli. Actuellement, le terme est utilisé comme synonyme de « psychanalytique ». C’est plus pompeux et moins connoté mais c’est la même chose.

Introduction

1

Si nous avions opté pour une entrée en matière polémique,

Déjà, là, c’est une façon de dire qu’ils veulent créer la polémique. Au moins on est informés. Merci.

nous aurions pu intituler cet article « Pour ou contre l’allaitement prolongé ? », en écho aux débats parfois passionnels suscités par cette question, dont on perçoit d’emblée qu’elle ne mobilise pas uniquement de simples arguments scientifiques…

C’est annoncé dès le départ : il s’agit d’opinions personnelles (« pour ou contre »)

L’axe majeur développé par notre laboratoire de recherche a pour principale visée de privilégier une perspective préventive afin de réfléchir sur les fondements de la santé psychologique de l’enfant en développement, ce qui nous conduit au cœur des pratiques éducatives sous-tendant les interactions précoces mère-enfant. On peut se demander si ces dernières ne sont pas devenues davantage problématiques au niveau de la génération actuelle, peut-être en plus grande difficulté pour construire sa parentalité.

Et on peut m’expliquer en quoi la génération actuelle est en plus grande difficulté pour construire sa parentalité ? Parce que le fait d’annoncer ça comme ça, en plus avec un « peut-être », ça n’apporte rien. On dirait un collégien qui rajoute des mots pour gagner des lignes.

2

Deux données chiffrées inquiétantes viennent étayer ce constat.

Quel constat ? Pour le moment, aucun constat n’a été fait. Une question a été formulée mais de constat je n’en vois point.

La première est issue d’une étude inserm récente (2002) soulignant qu’en France, un enfant sur huit présente actuellement des troubles psychopathologiques au cours de son développement.

Oui, ok, et ? Quel est le rapport avec l’allaitement ? Quel était le protocole de l’étude ? Quelle était l’objet de la recherche ? QQQOCCP, enfin ! (Qui Quoi Quand Où Comment Combien Pourquoi) C’est la base ! On ne balance pas une info comme ça sortie de son contexte ! M’enfin… S’il le faut, aucun de ces 1/8 enfants n’est allaité.

3

La seconde résulte d’une vaste étude sur la prévalence et la prévention des dépressions pré et postnatales dans l’Est de la France actuellement en cours (de Tychey, 2004). Elle révèle, bien que l’âge moyen d’accès à la première maternité soit de plus en plus tardif (en moyenne 29 ans en France), que 19, 9 % des femmes enceintes évaluées présentent une dépression prénatale. Ces chiffres sont par ailleurs très proches de ceux enregistrés ces dernières années tant en Suisse (Manzano et al., 1997) qu’en Australie dans la cohorte suivie par Maloney (2003). Ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un « mal » lorrain, français ou européen… !

Oui, ok, et ? Quel est le rapport avec l’allaitement ? D’après mes sources, plus il y a allaitement, moins il y a dépression et plus les enfants ont des réactions positives (The protective effects of breastfeeding for infants of depressed mo­thers. NA Jones. Breastfeed Abstr 2005 ; 24(3) : 19-20.)

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Dans ces conditions, on ne sera pas surpris par le nombre d’articles parus dans les revues de vulgarisation et par le nombre d’ouvrages à visée scientifique offrant force conseils aux (futurs) parents (Delaroche, 1998 ; Liaudet, 1998 ; Dollander & de Tychey, 2002)…

Ah ! Le voilà le constat ! « on ne sera pas surpris par le nombre d’articles parus dans les revues de vulgarisation et par le nombre d’ouvrages à visée scientifique offrant force conseils aux (futurs) parents ». Cela n’a rien à voir avec l’allaitement mais ça fait genre « on a fait tout plein de recherches ». Puis ça fait gagner des lignes. 4 paragraphes, déjà ! Ce n’est pas rien !

5

Voici donc le vrai début de l’exposé :

Dans le cadre de cet exposé,

C’est donc un exposé, pas une étude. Je répète : c’est un exposé, pas une étude ! Et, comme vous pourrez le constater, il n’expose pas des études, mais une théorie.

nous privilégierons un contexte précis : le couple allaitement-sevrage car il constitue une situation interactive précoce princeps

« Princeps », ça veut dire « premier ». Donc le couple allaitement-sevrage constituerait l’une des premières situations interactive de la période 0 – 18 mois. L’allaitement oui, de fait, car en général il commence à la naissance, mais le sevrage ? Ou alors on n’a pas la même définition de « précoce ». Parce que si cet exposé par du postulat que le sevrage se passe avant les 18 mois de l’enfant, déjà on n’est plus dans un allaitement dit « long ou prolongé ». On peut éventuellement parler d’allaitement prolongé quand il se poursuit au-delà de l’âge à partir duquel les instances de santé considèrent que l’enfant peut se passer de lait, d’où qu’il provienne, donc à partir de l’âge de 3 ans. Le titre n’est donc plus bon.

(Mazet & Stoleru, 1988) qui, d’un point de vue clinique dynamique, nous semble particulièrement déterminante dans ses potentialités structurantes sur le développement de l’enfant. Ce choix de l’allaitement n’est, comme le remarque justement Aubert-Godard (1999), jamais entièrement libre chez la femme. Celle-ci subit même depuis plusieurs années une pression conséquente au niveau national et mondial.

Au niveau de la rue, du quartier, du voisinage, de l’entourage plus et moins proche, du travail et de la famille aussi. Mais rarement en faveur de l’allaitement normal.

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Pour preuve, en France tout d’abord, un décret de loi (98-688) datant du 30 juillet 1998 indique clairement « les avantages et la supériorité de l’allaitement au sein. » Un projet d’actions concrétise ce décret, et Bernard Kouchner a été chargé d’appliquer une série d’actions sur la période 2001-2005, dans le cadre du Programme National de Nutrition et de Santé, en faveur de l’allaitement au sein.

C’est une pression, ça ??? Informer c’est mettre la pression ???
Personne ne s’est senti sous pression lorsqu’on nous a informé de la toxicité de l’amiante qui se trouvait dans les habitations, les chambres d’enfants !
Personne ne s’est senti sous pression lorsqu’on nous a informé de la toxicité des OGM présents dans l’alimentation des enfants !
Personne ne s’est senti sous pression lorsqu’on nous a informé de la toxicité des fast-food que nos bambins aiment tant !
Personne ne s’est senti sous pression lorsqu’on nous a informé de la toxicité du plastique utilisé dans les jouets et le matériel de puériculture !
Etc, etc…
Quand bien même certains ce seraient senti sous pression, personne n’est venu dire qu’il ne fallait pas rendre ces informations publiques !
Soyons honnêtes, un minimum, s’il vous plaît…

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Les recommandations au niveau des organismes internationaux sont encore plus insistantes. En 2001 l’Organisation Mondiale de la Santé (oms) préconise l’allaitement au sein seul jusque 6 mois, suivi d’un allaitement au sein accompagné d’une diversification alimentaire jusqu’à un ou deux ans.

Non. L’allaitement exclusif au sein est recommandé jusqu’à l’âge de six mois. De six mois à deux ans, VOIRE PLUS, l’allaitement doit être complété par une autre alimentation. C’est pas beau de mentir quand on veut écrire un truc un tout petit peu sérieux… Ou alors il faut revoir vos  méthodes de recherche, hein…

L’oms souligne que « cette nouvelle référence fera de l’enfant allaité au sein le modèle normatif à l’aune duquel toutes les autres méthodes d’alimentation devront être mesurées en terme de croissance, de santé et de développement ».

Oui. Cela veut dire que le groupe témoin sera celui nourrit de la manière prévue par la nature et non pas celui dont l’alimentation a été modifiée par l’Homme. Cela NE veut PAS dire que les parents nourrissant leur enfant autrement vont en faire des monstres diformes. Plus d’informations ici.

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L’unicef (United Nations Intergenerational Children’s Emergency Fund) a instauré, en 1991, en collaboration avec l’oms, le label « hôpital ami des bébés » attribué aux hôpitaux favorisant l’allaitement au sein (seulement deux en France).

Un hôpital ami des bébés c’est un encouragement (pas dans le sens « on force toutes les mères à allaiter » mais dans le sens « les mères qui veulent allaiter sont correctement accompagnées ») et un soutien à l’allaitement, mais pas seulement ! Il organise des soins autour des rythmes biologiques du nouveau-né et de la mère, il répond aux besoins physiologiques, psychologiques et culturels de l’enfant et de sa famille tout en assurant la sécurité médicale et il apporte un soutien aux parents pour leur permettre d’acquérir progressivement une autonomie. Plus d’infos ici : http://amis-des-bebes.fr/
C’est quoi ce tronquage de l’information ????

Cette fondation prend position très clairement en déclarant : « Les bébés devraient être nourris exclusivement au sein, ce qui signifie qu’il faut leur administrer uniquement du lait maternel même pas de l’eau, pendant les six premiers mois de leur vie. Exception faite de cas extrêmes rares, aucun autre aliment ou fluide n’est nécessaire ; ils peuvent même s’avérer dangereux : ils contiennent des microbes, provoquent des allergies et remplissent l’estomac du bébé qui absorbe alors moins de lait maternel. L’allaitement maternel devrait se poursuivre au moins jusqu’à l’âge de 2 ans ; mais dès l’âge de 6 mois environ, le lait maternel devrait être complété par des aliments solides appropriés » (« L’allaitement maternel : pour grandir en bonne santé », unicef, 1999).

Si c’est la fondation qui prend position, la source devrait être la fondation, non pas l’UNICEF. C’est mettre les mots d’une personne dans la bouche d’une autre. Pourquoi de telles confusions ? Est-ce volontaire ?

9

Les objectifs de cet article visent, à partir d’une position clinique psychodynamique, à montrer les dangers, tant pour la mère que pour l’enfant, d’une telle induction et les risques dommageables auxquels elle peut conduire.

Induction, d’après mon ami Larousse : opération mentale par laquelle on passe d’observations données à une proposition qui en rend compte.
Il serait donc dangereux de rendre compte de ce qui est observé. Hum… Mieux vaut fabuler ? Laisser les gens dans l’ignorance ?

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Nous passerons d’abord en revue rapidement les multiples déterminants autres que biologiques pouvant entrer, soit en résonance, soit en conflit avec une telle injonction, parasiter l’interaction précoce mère-bébé, et à l’extrême pouvant mener même au refus du choix de l’allaitement au sein, voire à son arrêt rapide ou brutal. Nous examinerons ensuite les conséquences négatives d’un allaitement prolongé, en montrant que ce choix n’obéit probablement jamais aux seules raisons médicales mises en avant par les jeunes mères. Nous développerons au final une réflexion visant à cerner les ratés du sevrage en lien avec un allaitement prolongé, que nous illustrerons par une brève vignette clinique.

L’allaitement prolongé : arguments biologiques. Contraintes socioculturelles, économiques et psychodynamiques

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Nous ne discuterons pas dans ce travail la question épineuse du choix de l’allaitement « artificiel » (biberon) par rapport à l’allaitement au sein, bien que nous souscrivions volontiers à la position affirmée par Dolto (1983) et Killian (2002) selon laquelle « un biberon donné avec bonheur et conviction vaut mieux qu’un sein donné à contrecœur ». À l’évidence, cette polémique mériterait un article à elle toute seule !

Il existe, cet article. Ici.

Nous adhérons cependant pleinement à la position de Golse (1999a, b) : « Il n’y a pas que la biologie qui ait le droit de régir nos motivations… les psychologues se positionnent différemment face à cette question du choix du type d’allaitement. Leur objectif n’est pas d’influencer le choix de la jeune mère mais plutôt de le respecter quel qu’il soit puisqu’il n’appartient qu’à elle de savoir ce qu’elle doit faire pour être une mère suffisamment bonne… personne mieux que la mère ne sait, en matière d’allaitement, ce qui est bon pour elle et pour son enfant. Sûrement pas les médecins et… encore moins les politiques !… ».

Alors pourquoi voulez-vous crier haut et fort que l’allaitement prolongé présent un danger, si ce n’est pour influencer les mères ? Vous pensez respecter le choix des mères, là ? Sérieusement ?

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Certes il convient de reconnaître que l’allaitement au sein prolongé peut, d’un strict point de vue médical, présenter quelques avantages. Sur un plan de vue purement scientifique, les médecins avancent le fait que le lait maternel est bien plus facile à digérer qu’un lait « artificiel ». De plus, sa contenance en protéines dites « anti-infectieuses » immunisent le nourrisson contre les infections (par exemple les otites récidivantes). Le lait maternel comporte également des acides gras essentiels (non synthétisés par l’organisme et non présents dans les autres types de lait) nécessaires au bon développement du cerveau et des yeux. En outre, certains nutriments du lait favorisent la croissance et la maturation de différents tissus, et notamment celle du tube digestif. Par conséquent, ces diverses propriétés diminueraient le risque de maladies du nourrisson, d’allergies futures et en particulier d’allergies alimentaires. Tous ces bénéfices seraient le fruit du colostrum « inimitable… et inimité » contenu dans la poitrine maternelle (This, 1991 ; Thirion, 1994).

Oh la boulette ! Oh la grosse boulette ! Reprenons les bases : dès la fin de la grossesse, les glandes mammaires produisent du colostrum. Ce jusqu’à la montée de lait à partir de laquelle les glandes mammaires ne produisent plus que du lait (qui n’est pas du colostrum et qui n’en contient pas non plus). Quand on veut parler allaitement, on se renseigne quand même un minimum, quoi ! Là c’est vraiment la honte ! Tenez, les auteurs, un peu de lecture.

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Mais l’allaitement au sein serait également bénéfique pour la mère puisque des chercheurs (Gwin, 1999) ont constaté une diminution très significative (respectivement 50 % et 25 %) du risque de cancer du sein et de l’ovaire avant la ménopause chez les femmes qui allaitent au sein sur une durée de six mois minimum.

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Ceci posé, nous souhaitons d’emblée avancer l’idée que la seule injonction médicale à l’allaitement prolongé entre nécessairement en résonance chez la femme avec des facteurs multidimensionnels complexes, d’ordre à la fois culturels, économico-sociaux et intrapsychiques, lesquels sont susceptibles de générer des conflictualités supplémentaires malaisées à élaborer chez la (jeune) mère.

Les jeunes mères ne peuvent pas réfléchir efficacement. C’est la faute du SNU (Syndrome du Neurone Unique)… Lol ! 😉

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Culturellement parlant, force nous est de constater qu’il existe des différences inter-pays importantes sur ce plan. L’étude de l’inserm réalisée en 1999 nous apprend que 79 % des femmes d’Afrique du nord allaitent au sein alors que la moyenne européenne est de 69 %. Il faut noter que la France est le pays d’Europe où les femmes allaitent le moins au sein : 50, 1 % des bébés français nés en 2000 ont été nourris au sein alors qu’ils étaient 95 % en Finlande et en Norvège la même année (Turck, 2001) ! Dans le même ordre d’idée, les françaises sont les femmes d’Europe qui allaitent (au sein) le moins longtemps. Badinter (2003) nous indique qu’en France 10 % d’entre elles continuent après trois mois, contre 70 % en Suède ou en Norvège ! Les spécialistes (Thirion, 1994 ; Blin & Cerruti, 2003) expliquent ces chiffres par une approche différente du féminisme selon les cultures. Didierjean-Jouveau (2003) a souligné qu’en France la « seconde vague » de féminisme (1960-1970) a rejeté la maternité donc l’allaitement maternel devenu synonyme de « servitude » (Turck, 2001). Dans les pays scandinaves, les femmes ont milité pour une reconnaissance de la fonction sociale de la maternité, en obtenant ainsi des améliorations concrètes (allocations, congés, aides). En France, le féminisme a permis une libération sexuelle, en termes d’avortement et de contraception. Les femmes pouvant désormais disposer de leur corps comme elles l’entendaient, restait la question de la relation entre autodétermination du corps et allaitement. Käppeli (1991) présente les domaines de revendication des féministes : le droit, l’éducation et la formation, l’autodétermination du corps, la morale et l’indépendance économique. Précisément les contraintes économiques infléchissent nécessairement lourdement le choix d’allaiter et de poursuivre (ou non) sur une longue durée l’allaitement. On peut penser qu’elles se surajoutent aux habitudes culturelles dans les pays africains où la pauvreté ôte toute possibilité d’achat de laits artificiels substitutifs puis d’aliments d’une autre nature.

OK. Sauf qu’en France, la pratique de l’allaitement maternel à la maternité était plus fréquente parmi les mères de 30 ans et plus, mariées, nées à l’étranger, dont le niveau d’études était supérieur au baccalauréat, n’ayant pas fumé pendant leur grossesse, ayant bénéficié d’une ou plusieurs séances de préparation à l’accouchement, ayant été mises en contact direct peau à peau avec leur enfant dans l’heure suivant l’accouchement et dont le conjoint avait une perception positive de l’allaitement maternel. La plupart de ces variables étaient également associées à des taux d’allaitement maternel plus élevés à 3, 6 et 12 mois. On est loin de la misère du monde, là. Tant qu’à remettre les choses dans leur contexte, autant le faire complètement. (source Epifane)

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Le choix de ne pas prolonger l’allaitement en France porte manifestement selon nous le poids de la variable socio-économique constituée par la reprise d’une activité professionnelle. Même si toutes les études n’aboutissent pas à des résultats univoques sur ce plan (Gojard 2000), les statistiques nationales disponibles sont ici édifiantes : l’enquête de l’inserm (1999) révèle en effet que :

  • à 8 semaines, 50 % des bébés allaités sont sevrés (c’est donc la durée médiane) ;

  • à 12 semaines, 70 % des bébés allaités sont sevrés.

Les raisons de l’arrêt de l’allaitement ont été analysées :

Origine du sevrage

Sevrage avant 9 semaines

Sevrage après 9 semaines

Manque de lait

38 %

15 %

Problème médical

28 %

12 %

Reprise du travail

16 %

48 %

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Ces chiffres indiquent clairement que la reprise du travail est l’origine principale du sevrage (après neuf semaines). Cela ne répond pas aux recommandations médicales, aussi bien nationales que mondiales, mais plutôt à des critères socio-économiques.

Pour le manque de lait et les problèmes médicaux, je vous invite à vous rendre sur la page du droit au soutien à l’allaitement maternel afin de vous rendre compte par vous-même que ces deux raisons peuvent être réunies en une seule nommée « manque cruel de connaissance en allaitement des travailleurs médicaux et paramédicaux ». Pour la reprise du travail, en réalité il s’agit bien d’un « manque de soutient à la reprise du travail ».

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Même si les paramètres que nous venons de passer en revue exercent une influence, nous pensons que dans notre culture européenne le poids des déterminants intrapsychiques demeure le moteur principal du choix d’allaiter ou non, et de prolonger ou non la durée de cet allaitement (Delaisi de Parceval 2003). Sans nullement prétendre à l’exhaustivité, nous soulignerons ici le rôle particulièrement important que nous accordons à trois d’entre eux :

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1. Le poids des transmissions intergénérationnelles. Dolto (1983, 1984) disait avec justesse qu’on a souvent tendance à donner la castration comme on l’a reçue, soulignant le « fardeau » possible constitué par les héritages passés. Pour essayer de s’en dégager avant d’être confronté au choix d’allaiter puis de sevrer, nous avons par ailleurs (Dollander & de Tychey, 2002) invité les futures mères à saisir l’occasion de la période de grossesse pour réaborder avec leur propre mère ou un membre signifiant de leur propre famille, chaque fois que c’était possible, leur propre histoire infantile en matière d’allaitement et de sevrage, afin de lever au moins partiellement, malgré la part d’après-coup, l’amnésie infantile en profitant de cette nouvelle période de « transparence psychique » (Bydlowski, 1997), richement réactivatrice de part et d’autre en représentations au niveau inconscient et préconscient… Nous pensons à partir de notre pratique clinique que deux contextes dynamiques passés peuvent favoriser le choix d’une prolongation de l’allaitement indépendamment de toute sensibilité à une éventuelle injonction médicale :

  • l’existence de points de fixation importants consécutifs à un plaisir oral de succion vécu de manière prolongée et trop intense dans l’histoire infantile de la mère, sans qu’il n’ait été possible pour elle à l’époque d’être initiée aux plaisirs de l’échange à distance du corps à corps, par le biais du langage et des échanges ludiques. Dans ce cadre, la future mère risque fort de chercher à retrouver avec son enfant ce plaisir intense, auquel elle a dû se résoudre elle-même à renoncer trop tardivement, sans trouver à l’époque de substituts satisfaisants ;

  • l’existence d’une rupture traumatique précoce brutale en ce domaine. Cette rupture a pu prendre la forme d’un sevrage brutal chez la jeune femme alors qu’elle était enfant, voire l’absence d’allaitement au sein pour elle, même un temps court. Dans ce contexte la future mère peut s’inscrire dans une répétition inconsciente avec son propre enfant, des modalités d’allaitement qu’elle a elle-même « subies ». Mais elle peut aussi dans le même cas de figure avoir le désir inconscient de réparer le préjudice subi et essayer de retrouver par là même une sécurité qu’elle n’avait pas elle-même connue dans le lien d’attachement… Elle peut alors, à l’inverse, entreprendre de prolonger l’allaitement sur une longue durée.

On voit bien à l’évocation de ces deux situations que l’injonction médicale à allaiter longtemps peut n’être qu’un leurre, lorsque la femme est sous-tendue par un désir qui l’y pousse inconsciemment. Mais on se rend compte en même temps que l’injonction médicale à prolonger l’allaitement peut s’inscrire à contre-désir à la fois de l’inconscient et de l’injonction professionnelle à reprendre son travail. Elle peut alors produire une conflictualité et une culpabilité particulièrement difficiles à surmonter pour la mère…

D’où l’intérêt, dans ces cas, d’une thérapie permettant à la future mère de réparer ses blessures avant de faire un choix afin que celui-ci soit éclairé et rationnel.

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2. Le poids de la relation de couple actuelle et la fonction paternelle de séparation

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L’arrivée du bébé oblige chacun des parents à reconstruire son identité sexuelle avec une partition nouvelle où ils ont respectivement à assurer une nouvelle fonction de père et de mère tout en conservant leur fonction d’amant(e) dans le cadre de leur vie de couple. La plupart des clinicien(ne)s spécialistes de la petite enfance (Hurstel, 1987 ; Cupa et al., 1994 ; Aubert-Godard, 1999 ; Parat, 2003 ; Siksou, 2003 ; Dublineau et Roman, 2004) soulignent l’importance de la fonction paternelle de séparation dans la construction de l’individuation du bébé, passant par la possibilité de se détacher du sein maternel.

Du coup il fait comment, le pauvre père dont l’enfant est nourrit au biberon ? Il n’a plus de fonction ? Il devient mère ? Puis il faut arrêter de prendre les mères pour des nourrices et les enfants pour des tubes digestifs. C’est hyper réducteur, limite méprisant. La mère et l’enfant interagissent de bien d’autres manières.

Par ailleurs, Aubert Godard (1999) pointe avec raison que les deux fonctions femme et mère « se trouvent réunies sur le sein, ce qui peut devenir source de confusion et de trouble ». Parat (2003) abonde dans le même sens lorsqu’elle défend l’idée « d’une conciliation impossible entre ces deux seins », soulignant l’existence « d’une tension entre valence érotique et valence nourricière du sein ».

Ouai, bof. Les hommes n’ayant pas été élevés dans une culture porno n’ont pas cette attirance sexuelle pour le sein. Dans la plupart des pays où l’allaitement maternel est la norme, on dit qu’un homme qui aime les seins est un enfant (sous-entendu : un attardé mental). Même des hommes nés en France d’une famille « pure souche » mais ne cultivant pas la culture du porno le disent. Puis si on veut vraiment concilier la femme et la mère sur une partie du corps féminin, je dirais que ça se fait plus au niveau du vagin. Mais encore une fois, ce serait limiter ce qu’est la femme et ce qu’est la mère. On n’est pas que des trous !

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La fonction paternelle de séparation ne peut être mise en œuvre que si le père de l’enfant demeure l’objet du désir maternel et conserve sa valeur d’attracteur génital. Or la multiplication des divorces, des mésententes conjugales avec leur cortège de déqualification paternelle, augmente les contextes de monoparentalité et de relation duelle. Il ne faut pas s’étonner alors que certains auteurs soulignent (Hurstel, 2001) la fragilisation contemporaine croissante de la fonction du tiers assurée par le père de l’enfant.

Heureusement, la fonction du tiers, qui peut très bien ne pas être séparateur sans pour autant nuire au développement de l’enfant, peut être occupée par une tierce (oui oui, le mot est bien choisi) personne.

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Dans ce contexte,

Rappelons qu’ils parlent du contexte où l’enfant n’est qu’un tube digestif et la mère qu’une nourrice.

la prolongation de l’allaitement au sein peut devenir synonyme de l’exclusion paternelle

Sauf que le père peut, pendant une tétée, jouer avec l’enfant, lui raconter une histoire, le toucher, lui sourire, le faire rire, etc, etc… Le père peut aussi manquer d’imagination et s’exclure tout seul, mais ce n’est pas la faute de l’allaitement.

et traduire le maintien d’un lien serré entre la mère et l’enfant.

C’est marrant, ça ! On veut absolument éloigner l’enfant de ses parents (et surtout de sa mère) pour après se plaindre qu’il n’existe plus de cohésion familiale. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie, hein ! Puis avoir des liens serrés avec ses parents ne veut pas dire qu’on est fermé au reste du  monde. L’un n’empêche pas l’autre et surtout pas l’allaitement.

Ce lien n’est plus (depuis la coupure du cordon) fusionnel (même s’il peut le demeurer à un niveau imaginaire), mais le plus souvent anaclitique plutôt qu’incestueux.

Encore heureux qu’ils ne se la jouent pas Rufo avec le coup de l’inceste !

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Il nous semble que l’injonction médicale à l’allaitement prolongé vient renforcer ce risque

Le risque d’être proche de la mère, donc. ndlr.

en fournissant à la femme un argument supplémentaire pour prolonger la relation de corps à corps avec son enfant, sans la médiatiser par le langage,

Ah bon ? On ne peut pas parler à son enfant pendant une tétée ? Puis rappelons qu’un enfant allaité ne fait pas que ça de ses journées. Contrairement à un enfant qui aura en permanence soit un biberon, soit une tétine dans la bouche, l’enfant allaité aura la plupart du temps la bouche libre de toute expression, le sein de pouvant pas se détacher de la mère.

et pour rechercher auprès de lui des satisfactions substitutives par rapport aux manques en provenance de son partenaire.

Non, l’allaitement n’est pas un hobby permettant de combler un manque, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne puisqu’il se fait à la demande de l’enfant et non à celle de la mère. Encore aurait-il fallu se renseigner un peu pour le savoir.

La conséquence la plus dommageable pour l’enfant est le maintien durable d’une dépendance,

Une dépendance ? Laquelle ? Ce serait bien de le préciser.

risquant d’entraver de manière conséquente son individuation et son autonomisation future, ce que Daws (2001) traduit à sa manière en parlant de « danger de l’intimité ».

Un enfant dont les besoins affectifs sont comblés se montre au contraire plus rapidement autonome car son inconscient ne sera pas à la recherche de ce qui pourrait combler le manque. Il ne faut pas confondre autonomisation et résignance.

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Si au contraire l’enfant qui vient de naître est perçu comme le symbole de l’échec de la relation de couple,

Parce que l’exemple précédent était une réussite ? Ben mes vieux c’est pas la joie d’être parent avec vous !

le ressentiment à l’égard du (de l’ex) conjoint-partenaire peut se déplacer inconsciemment sur le bébé. Le rejet de ce dernier peut alors se traduire par l’arrêt rapide de l’allaitement, voire le refus d’allaiter, indicateur multidimensionnel qui ici exprimera le besoin de prendre une distance et de ne pas subir de son bébé de nouvelles contraintes pouvant s’inscrire en écho des contraintes passées, celles du conjoint et celles subies dans l’enfance. L’injonction médicale à allaiter ne sera alors pas suivie, mais elle va entraîner dans la psyché maternelle une autre conséquence dommageable : sa culpabilisation, accentuée éventuellement par les remarques de l’environnement proche pouvant la qualifier de « mauvaise mère ».

D’où l’intérêt du soutient, lequel peut aussi se trouver dans une thérapie.

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3. Le poids des deuils non élaborés

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Hanus (1994, 2000), reprenant une réflexion freudienne,

Freud, vous savez bien ! Le gars qui a fait de son cas personnel et des problème qu’il a eu avec sa mère une généralité. Pour le savoir, encore faut-il lire les lettres à Fliess.

souligne l’influence possible d’un deuil récent ou à venir sur la genèse du désir de procréer. La conception de l’enfant revêt alors une valeur d’agir maniaque à valence anti-dépressive : se tourner vers la vie pour dénier la perte, et ne plus avoir à élaborer les affects douloureux qui lui sont rattachés. Il nous semble que ce facteur peut particulièrement contribuer à une prolongation du corps à corps, dans la mesure où toute séparation générerait pour la mère la réactivation de la perte précédente non élaborée. Mais un autre deuil, cette fois fantasmatique et non réel, vient toucher cette fois toutes les mères lors de l’accouchement : le deuil de la complétude phallique instaurée au niveau imaginaire par ce ventre qui grossit de plus en plus à mesure que la gestation avance (Becache, 1993).

La complétude phallique ! Il vaut mieux lire ça que d’être aveugle, hein ! Personnellement, l’accouchement a toujours été un soulagement tant les grossesses furent fatigantes. Mais je conçois que certaines mères éprouvent des difficultés à se faire à cette séparation. Le problème c’est de faire des généralisations à tout va. Non, ça ne touche pas TOUTES les mères.

Accepter la castration ombilicale pour Dolto (1984), c’est accepter de renoncer à ce phallus imaginaire.

cf Freud, tout est sexe et mon dernier commentaire sur Freud.

C’est également accepter de renoncer au désir de fusion à un niveau imaginaire de part et d’autre. Il nous semble que ce deuil de la fusion se complique fortement lorsque les conditions d’accouchement entraînent une séparation brutale non prévue mère-enfant (enfant placé en soins intensifs ou en couveuse par exemple). Le désir d’allaiter de manière prolongée

D’allaiter tout court, en fait, puisque les chiffres ne montrent pas une augmentation de la durée de l’allaitement quand il y a une séparation brutale à la naissance. Croyez-moi, si ces chiffres existaient, les auteurs se seraient empressés de les inclure à cet exposé, ce qui n’est pas le cas. On est donc sur de la pure spéculation.

peut alors se lire comme la traduction du désir de rétablir une fusion consécutivement à une séparation trop saturée d’angoisse de mort. Nous partageons ici la position soulignée par Siksou (2003) à propos d’un des aspects possibles de l’allaitement : « Il contribue au maintien de la fusion mère-nourrisson et prolonge le vécu de la symbiose de la grossesse. »

Oui, l’allaitement du nourrisson est le prolongement naturel de la grossesse, le petit humain ne naissant pas complètement « terminé ». Dans le monde médical, on dit que les neufs mois qui suivent la naissance, pour peu que la grossesse ait été menée à terme, sont la fin de la grossesse. Ceci explique les besoins de fusion du bébé avec sa figure d’attachement (qui n’est pas toujours la mère, mais ceci est une autre histoire).

L’injonction médicale à le poursuivre très longtemps peut être avancée par la mère, pour rationaliser de manière secondaire son désir inconscient de maintenir à tout prix le corps à corps, et se mettre à l’abri d’une angoisse de séparation non métabolisable.

Ce choix peut aussi tout à fait être éclairé et rationnel, sans lien avec quoi que ce soit d’inconscient. Tout n’est pas psy, rappelons-le.

Dans cette perspective,

Qui n’est donc pas bonne,

nous pouvons tout à fait souscrire au point de vue défendu récemment par Dublineau et Roman (2004) pour lesquels « l’allaitement prolongé a une fonction anti-dépressive de réparation ». Il est le témoin « d’une séparation impossible à élaborer pour les deux partenaires ».

Bien sûr que si elle est possible, puisqu’elle se fait. Aucune mère n’allaite ad vitam aeternam. Aucun enfant avec ses dents définitives ne tète (puisque celles-ci empêchent la tétée).

L’impact d’une telle situation sur la construction si importante du lien d’attachement mère-enfant risque malheureusement d’être particulièrement dévastateur.

Réellement ? à ce point ? Concrètement, ça donne quoi ? Ils ne le marquent pas car ils n’ont aucun cas concret. Pure fabulation, je vous dis.

Les situations cliniques que nous avons rencontrées nous ont souvent rappelé le constat formulé par Lebovici (1983) : « Si le bébé doit réparer l’angoisse de séparation de sa mère, il ne peut pas élaborer la sienne propre. »

D’accord. Mais ça n’a rien à voir avec l’allaitement.

Le corollaire en est la structuration d’un attachement insécurisant singulièrement pesant pour la socialisation de l’enfant, comme l’illustrera la vignette clinique que nous présenterons plus loin, le seul moyen de faire face à l’angoisse pour cet enfant passant alors par la nécessité de rétablissement d’un corps à corps permanent…

Et ils font comment, les enfants dans la même situation qui ne sont pas allaités ? Ils ne font pas face à l’angoisse ?

Les ratés du sevrage consécutifs à un allaitement prolongé

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Nous ne souhaitons pas bien entendu donner au lecteur le sentiment que le corps à corps mère-bébé est à proscrire ! Il est même nécessaire aux besoins du nourrisson au début de sa vie car tout bébé est aussi nourri par les contacts tactiles à valence sécurisante. Mais nous suivrons pleinement Dolto (1984) lorsqu’elle affirme que ce mode d’échange doit cesser d’être le mode de relation exclusif, voire même dominant entre les deux partenaires.

Bien sûr que ce mode d’échange n’est ni exclusif ni dominant ! Croire le contraire c’est bien mal connaître le fonctionnement de l’allaitement. Mais on savait déjà depuis le début que leur manque de connaissances était catastrophique.

Un des aspects de son concept novateur de « castration orale » point en effet pour la dyade mère-enfant « l’interdit de maintenir une relation de corps à corps », si la mère entend favoriser la séparation-individuation et l’autonomisation de l’enfant.

L’observation de la pratique (encore aurait-il fallu la faire, hein 😉 ), montre que les enfants allaités sont tout à fait autonomes et se séparent au moins autant de leur mère que les autres.

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Nous ne reviendrons pas en détails sur les conditions avancées par Dolto (1984) pour rendre cette castration « symboligène », c’est-à-dire permettre à l’enfant de symboliser cet interdit sans traumatisme, autrement dit réussir à la fois à l’intérioriser et à l’accepter.

Ben non, hein. Sinon votre exposé n’aurait plus de sens car l’allaitement prolongé ne présenterait plus de danger. CQFD.

Dolto (1984) insiste en particulier sur la nécessité en premier lieu de diluer dans le temps les séparations, en confrontant le bébé à une seule rupture à la fois (suppression du sein d’abord, puis de l’espace de sécurité entourant l’enfant, la mère donnant le biberon à côté de la nourrice dans le nouvel espace qui attend l’enfant, puis rupture par rapport à la présence de la mère : la nourrice donnant le biberon d’abord en présence de la mère puis hors de sa présence). Cette liaison des deux figures nourricières permet à l’enfant de se construire un nouvel espace sécurité où la mère et la nourrice seront associées. En cas de désir d’allaitement prolongé et de reprise parallèle de l’activité professionnelle, on imagine mal comment la mère pourrait respecter le caractère progressif du sevrage,

C’est parce que vous manquez d’imagination, mais dans la pratique c’est tout à fait possible.

d’autant que la reprise du travail est souvent synonyme chez elle d’arrêt brutal de l’allaitement naturel.

Malheureusement oui, le manque d’information et de soutien en la matière étant bien cruel dans notre société.

On peut faire l’hypothèse également que plus le bébé reste fixé longtemps au plaisir du corps à corps, plus il lui deviendra difficile d’accepter d’y renoncer.

Ben en fait non. Une fois son réservoir affectif rempli, le bébé se sépare tout seul. D’ailleurs, depuis tout à l’heure je n’écris pas avec mes enfants aux seins.

Nous pensons également que les autres déterminants d’un sevrage « symboligène » ne sont nullement respectés en cas d’allaitement prolongé. Dolto (1984) les pose de manière précise :

  • la possibilité d’accepter pour la mère le renoncement au plaisir du corps à corps

 Le nombre de personnes qui croient qu’on allaite pour notre plaisir, c’est fou ! Non mais franchement, entre les réflexions négatives de l’entourage, l’ignorance du monde médical qui nous refuse souvent l’accès aux soins, la société qui nous stigmatise et veut nous isoler, les crevasses, les gencives qui travaillent, les tétées-gym, les tétées pile au mauvais moment, j’en passe (et des meilleures !)… si cela avait été pour mon plaisir, j’aurais arrêté vers les 3 semaines de mon aîné.
pour le remplacer par un plaisir à distance, médiatisé par le langage et reposant sur le plaisir des échanges langagiers partagés au moment où le bébé est le plus sensible à l’environnement externe, c’est-à-dire juste après la tétée, en nommant les objets qui l’environnent, en multipliant les imitations de vocalises qu’il émet…
On peut aussi faire ça pendant la tétée, l’enfant y est très sensible. Note : l’enfant fait des vocalises AUSSI pendant une tétée. Avant, pendant, après… Aucun interdit !
Il est manifeste ici que ce type d’échanges sera plus réduit si la mère privilégie le corps à corps et les plaisirs associés au contact tactile (toucher, caresser, embrasser le bébé).
Parce que c’est l’un ou l’autre, hein. On ne peut pas faire les deux, sinon leur théorie se casse la gueule…
Continuer à lui donner son sein au lieu de lui parler ne permet pas selon Dolto de castrer « la langue du téton » ;
On vous le répète parce que ça n’a pas l’air bien clair pour vous : un enfant allaité ne fait pas que ça de ses journées. Le sein n’étant pas une tétine, il ne peut pas l’avoir dans la bouche en permanence.
  • la possibilité de multiplier les échanges ludiques langagiers en lieu et place du plaisir du corps à corps.

Je commence à me poser des questions, là, sur la dimension depuis laquelle ils ont écrit cet exposé. On peut multiplier les échanges ludiques langagiers avec un enfant au biberon mais pas avec un enfant au sein ? Je dis ça parce qu’il faut savoir qu’ici, un enfant qui n’est pas nourrit au sein reçois quand même du lait, via un biberon. Et si la réponse est non, alors le problème ne vient pas de l’allaitement.

Pour Candilis (1985) dont la perspective est voisine de celle de Dolto (1984), ces échanges ludiques vont permettre « la sortie d’une phase fusionnelle avec l’enfant ». Nous pensons qu’ils facilitent la construction d’une imago maternelle à un niveau préconscient, en stimulant l’espace imaginaire de l’enfant grâce à la combinaison de traces visuelles et acoustiques dont la liaison contribuera à la permanence de la présence de la figure maternelle sur le plan des représentations internes du bébé. Ce dernier n’a plus alors besoin en permanence de la présence physique réelle de la mère puisqu’il peut échanger avec elle à un niveau interne grâce à son imaginaire.

ça se confirme de plus en plus : ils pensent que les enfants allaités sont en permanence avec leur mère, ce qui n’est pas du tout le cas. Les enfants allaités, comme les autres, vont en crèche, chez la nounou, à l’école, en centre de loisir, en week-end chez les grands-parents, etc, etc… Encore une fois, les auteurs nous exposent surtout des craintes fondées sur une méconnaissance totale du sujet.

Les interactions réelles seront beaucoup plus variées également grâce à la maîtrise progressive du langage et des échanges à distance qu’il permet. Ainsi, constitutif du sentiment de continuité, de la permanence de l’objet, ce moment du sevrage, que Winnicott qualifiait de processus de nécessaire « désillusion » (1948), permet à l’enfant de faire l’expérience du manque, puisque « tout sevrage n’est jamais que l’apprentissage de l’accoutumance à un manque » (Harrus-Révidi, 1997),

Avec l’allaitement, toujours pas. Car en grandissant, l’enfant n’a plus besoin de téter trouze mille fois par jour comme un nourrisson. Il n’en ressent pas le manque car il n’en a plus le besoin. Son besoin diminuant avec l’âge, l’enfant finit par se sevrer de lui-même et, par conséquent, n’éprouve pas ce manque.

émergence du désir et du langage. Ce sont là les tous débuts de l’introjection, marqués par ce « passage de la bouche pleine de sein à la bouche pleine de mots (qui) s’effectue au travers d’expériences de bouche vide » (Abraham et Torok, 1978)…

On répète pour les 4 du fond qui n’ont pas suivi : l’enfant allaité n’a pas le sein en permanence dans la bouche. Il lui arrive même fréquemment d’interrompre la tétée pour dire ce qu’il a à dire. De plus, le sein n’étant pas une tétine transportable partout puisque non détachable de la mère, quand il n’a pas le sein et qu’il n’est pas en train de manger ou boire (comme n’importe quel autre enfant), il n’a rien dans la bouche. Donc en fait un enfant allaité a plus souvent la bouche disponible pour le langage qu’un enfant biberonné.

On voit bien ici les conséquences négatives d’un allaitement prolongé au sens où le langage du corps à corps, dans bien des cas, et le plaisir qu’il induit resteront trop présents pour permettre à la mère d’initier l’enfant au plaisir à distance d’elle, susceptible de favoriser parallèlement la communication dans un rapport de langage et son autonomisation.

On voit bien ici les conséquences négative du manque de connaissance dû au manque flagrant de recherche. Cela entraîne des théories plus que douteuses fondées sur des croyances.

Les indicateurs cliniques d’un raté du sevrage lié aux conditions que nous venons d’évoquer sont alors transparents sur un plan clinique et peuvent s’exprimer de manière diversifiée. Nous soulignerons ici :

  • les difficultés alimentaires lorsqu’elles surviennent ou sont majorées après le retrait du sein ;

  • les difficultés d’apprentissage de la parole ;

  • les troubles du sommeil lorsqu’ils commencent à apparaître de façon concomitante au sevrage ;

  • le déclenchement d’une maladie somatique immédiatement après le premier accueil en crèche ou en nourrice ;

  • le recours itératif à la succion du pouce ou de l’index qui cesse selon nous d’avoir une valeur positive de moment de repli en termes d’auto-apaisement lorsqu’il devient un besoin presque constant du jeune enfant ;

  • l’incapacité du bébé à gazouiller au réveil après une période de sommeil. Le gazouillis et les vocalises expriment sa capacité à entrer en dialogue avec une mère représentée au niveau imaginaire, à halluciner le sein et la présence maternelle pendant un temps avant que le besoin ne se fasse sentir trop fortement. Un bébé resté prisonnier de la relation de corps à corps sera incapable de supporter même un temps court l’absence de la mère, et recherchera immédiatement son rétablissement en pleurant, ne rétablissant une sécurité que par l’agrippement et le portage. Ce dernier devient alors un mode d’interaction privilégié entre lui et sa mère (ou le substitut) ;

  • le besoin permanent chez l’enfant plus âgé de solliciter le portage de manière particulièrement tyrannique avec l’effet pervers chez les figures parentales d’y répondre, traduisant clairement l’incapacité de l’enfant en développement d’accepter le renoncement au corps à corps…

On peut avoir des chiffres exacts ou s’agit-il encore de pure spéculation ?

Nous terminerons notre réflexion par une brève illustration clinique qui servira d’éclairage à un certain nombre des développements théoriques avancés plus haut.

Petite information aux auteurs : l’enfant n’est pas un pervers polymorphe. Il ne faut pas non plus confondre un enfant chiant et un enfant persévérant, ni un enfant facile et un enfant résigné.

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Alain a 12 mois.

Non, vous ne rêvez pas : pour les auteurs, à 12 mois on parle déjà d’allaitement prolongé. Courage, c’est bientôt fini…

Il continue a être allaité par sa mère qui doit se livrer à de véritables « acrobaties » avec son employeur (elle a repris le travail au bout de 6 mois…) pour pouvoir nourrir l’enfant à des heures fixes, rythme qu’elle lui a imposé.

Il est certain que la législation française du travail ne permet pas un allaitement « comme à la maison ». Mais le coup des heures fixes, c’est une obsession de la mère, pas un problème d’allaitement.

À la première consultation, elle reste révoltée par le discours de la nourrice qui ne veut plus garder l’enfant et qui lui a conseillé « de voir un psy en arrêtant par ailleurs d’allaiter l’enfant ! » Elle se montre très désemparée et culpabilisée par cette remarque.

Culpabilisée ? Pourquoi ? Ce n’est pas de la faute de la mère si la nourrice manque de jugeotte et de professionnalisme.

Elle pense avoir été « une bonne mère » en respectant strictement les recommandations faites par son pédiatre…

Un pédiatre n’est spécialiste ni en nutrition en général, ni en allaitement en particulier. Ces cours ne font pas partie de son cursus.

Pourtant cet enfant geint toute la journée chez sa gardienne, motivant le désir de celle-ci de ne plus le prendre en charge…

Donc la nourrice a mal choisie sa carrière. Elle aurait dû être gardienne de poupées.

Lors de la première consultation, nous avions proposé à la mère d’installer Alain sur une chaise juste à côté d’elle. Il a protesté immédiatement en tendant les bras vers elle, ce qui a généré en réponse le rétablissement instantané du corps à corps… L’anamnèse de Monique, la mère, est richement informative. Elle exprime beaucoup de ressentiment à l’égard de sa propre mère qui a quitté son père que Monique continue d’idéaliser. Cette mère ne l’a pas allaitée. Monique semble s’être construite en contre-identification, désireuse « de faire tout le contraire de sa mère en matière d’éducation ».

Donc déjà on sait que le problème ne vient pas de l’allaitement mais de l’histoire de la mère.

Le premier grand amour de sa vie l’a quittée brutalement dans un accident de la circulation alors qu’à 26 ans elle projetait à ce moment de concevoir un enfant avec lui. Elle nous dit avoir vécu un deuil difficile mais s’être dégagée de sa souffrance six ans plus tard lors de la rencontre de son partenaire actuel, avec lequel elle vit depuis, sans être mariée, Alain étant conçu alors qu’elle avait 36 ans. La grossesse est décrite comme idyllique excepté l’accouchement post-terme qui s’est révélé problématique, les contractions ne se déclenchant pas malgré l’injection hormonale pratiquée en dernier recours, à la grande surprise de l’obstétricien. Celui-ci a dû mettre en œuvre une césarienne pour faire naître l’enfant.

Oui, malheureusement il arrive très souvent que des accouchements soient déclenchés alors que la mère et l’enfant vont bien, ce qui est traumatisant pour les deux et engendre souvent des complications pouvant aller jusqu’à la césarienne. L’OMS a publié plusieurs rapports accablants là-dessus.

Le développement pondéral et moteur de ce dernier ne présente pas de particularités. Lors de cette première consultation, les échanges tactiles mère-enfant sont de qualité mais les échanges verbaux restent très pauvres, les vocalisations de l’enfant pratiquement absentes. La mère, fonctionnant peut-être sur le mode de l’identification projective nous dit : « J’ai essayé de lui donner un ou deux biberons juste avant ma reprise du travail, et depuis de temps en temps, mais ça se passe mal, je vois bien qu’il est malheureux et ça je ne le supporte pas… »

Effectivement, c’est une très mauvaise méthode d’introduction du biberon. Quand on est un pro, c’est le moment où on donne à la mère la liste des consultants en lactation certifiés IBCLC les plus proches de chez elle.

La vie sexuelle avec le partenaire a repris mais de manière plus espacée qu’avant la conception d’Alain.

Là encore, rien à voir avec l’allaitement. C’est le fait de devenir parent qui change la vie de couple. Car oui, s’occuper d’un enfant ça prend du temps et oui, c’est un peu plus compliqué que de s’occuper d’une plante verte.

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Lors de la seconde consultation, alors que nous lui demandions si Alain avait des ressemblances physiques avec des personnes de son entourage, le regard de Monique se charge d’une larme… La reformulation sur un mode interrogatif de la souffrance que nous sentons poindre chez elle la conduit, en pleurant franchement cette fois, à évoquer la couleur des yeux et le regard qui lui rappellent constamment ceux de son premier partenaire, décédé dans un accident de la circulation, ce qu’elle ne peut verbaliser à son compagnon actuel…

J’ai vraiment de la peine pour elle. C’est dur. Mais quel est le rapport avec l’allaitement prolongé ? Dans toute cette présentation de cas, il manque quand même ce qui est censé nous intéresser : le danger présenté par l’allaitement prolongé.

Pour conclure

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L’illustration clinique que nous venons de présenter nous semble particulièrement démonstrative du

Non pas « du » mais « d’un »

chaînon causal nécessairement multidimensionnel conduisant à l’allaitement prolongé

Même pas puisqu’il s’agissait d’un enfant d’un an et qu’à un an on ne peut pas parler d’allaitement prolongé.

et aux impasses auxquelles il peut mener,

Lesquelles exactement ? Elles n’ont pas été exposées.

quel que soit par ailleurs le bien fondé somatique de l’injonction médicale, qui fait le plus souvent office de rationalisation secondaire.

Ou pas.

Le point de départ nous semble ici à situer dans la rupture probablement traumatique générée dès la naissance par l’impossibilité de prolonger la fusion in utero par une phase de corps à corps, ce que Monique cherche sans doute inconsciemment à réparer ou plutôt à rétablir avec son propre enfant. La deuxième perte signifiante subie brutalement avec le décès de son premier amour au moment où elle envisageait une conception avec lui réactive certainement des angoisses de séparation primaire. Le deuil non élaboré de ce premier partenaire (pour preuve l’évocation en miroir, à travers la ressemblance réelle ou imaginaire d’une caractéristique physique de son enfant avec lui qui la fait pleurer…) réactive l’angoisse de le perdre. Nous faisons l’hypothèse que l’angoisse de le perdre est directement responsable de l’impossibilité de s’en séparer à la naissance conduisant à un accouchement post-mature traumatique. La fonction à la fois contenante et insuffisamment séparatrice de son partenaire, à qui elle n’a pu confier son désir de procréer antérieur (dont elle n’a pas non plus fait le deuil…) avec un autre homme, auquel elle identifie l’enfant, ne peut qu’accentuer une prolongation indéterminée du corps à corps face à une métabolisation impossible de l’anxiété de séparation certainement ressentie par Alain à travers le prisme du regard maternel posé sur lui. Le maintien du corps à corps à travers un allaitement et un portage prolongé

Prolongé ??? Non. Alain étant à un âge où l’enfant a normalement besoin de contact avec sa figure d’attachement, on ne peut pas ici parler de symptôme de quoi que ce soit.

demeure alors pour tous deux le seul moyen de contenir cette angoisse. Mais elle conduit ici à une impasse sur le plan de la socialisation et de l’autonomisation de l’enfant, avec à l’arrivée la nécessité d’une psychothérapie mère-bébé afin de travailler la rupture du lien de corps à corps.

En réalité, ce sur quoi il faut travailler c’est la réparation des traumatismes de la mère. Une psychothérapie mère seule devrait suffire. Inutile d’infliger cela à un tout petit.

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L’allaitement prolongé ne mène pas nécessairement à une telle issue mais nous pensons avoir montré dans cet exposé, en posant là un regard clinique dynamique, que ce choix était potentiellement lourd de conséquences négatives pour le développement psychologique de l’enfant.

La seule chose montrée dans cette exposé, c’est que les auteurs n’ont aucunement pris le temps de faire le minimum de recherches requis pour parler d’allaitement, encore moins pour l’allaitement prolongé.

Ce temps du sevrage – dont nous avons relevé qu’il était estimé en partie dans nos sociétés à l’aune de considérations socio-économiques (entre 3 et 6 mois pour l’allaitement au sein, 24 mois pour l’alimentation mixte (selon les recommandations oms)

Encore manqué ! Ces chiffres ne sont pas les recommandations de l’OMS. Je vous ai mis le lien au début mais je peux vous le remettre ici.

– lorsqu’il est différé (au-delà de 6 mois pour le sein, de 24 mois pour l’alimentation mixte) majore le plus souvent

« le plus souvent » ??? On peut avoir les chiffres, s’il vous plaît ?

dans notre contexte socioculturel une dépendance réciproque importante entre la mère et l’enfant, générant l’édification d’un lien d’attachement prenant fréquemment une coloration insécurisante dès le lâcher du corps à corps.

Non. Et j’ai déjà expliqué pourquoi.

Il appauvrit probablement la construction de l’espace imaginaire et de l’aire transitionnelle de l’enfant ainsi que son développement langagier.

Non plus. Allez, on vous laisse une dernière chance.

Les propos que nous venons d’énoncer mériteraient de faire l’objet d’une recherche future

Ils méritaient déjà une recherche antérieure…

visant à comparer le développement psychologique d’enfants allaités de manière prolongée à celui d’enfants sevrés plus précocement de manière symboligène en s’appuyant sur les critères différenciateurs avancés dans ce travail pour constituer les deux groupes.

Parce qu’en plus ils n’ont même pas fait ça ??? Donc en réalité ils n’ont fait qu’imaginer, fabuler, sur la base de leurs croyances personnelles. C’est vraiment pas professionnel, pas éthique. Au moins ils l’avouent, c’est pas mal.

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Soulignons enfin, en ouvrant ces réflexions à un regard « ethno-décentré », que les pratiques d’allaitement et les modalités de sevrage demeurent étroitement liées au contexte socioculturel dans lequel elles s’inscrivent, ce qui mériterait en soi une approche anthropologique interculturelle hautement intéressante, qui viendrait confronter et élargir les perspectives psychodynamiques développées ici…

Oui, ça peut être pas mal, en effet. Cela viendra surtout les confronter mais ce sera pour le plus grand bien des auteurs.

Ouf ! Voilà, c’est fini. C’était long mais ça valait le coup. Ce qui me tue, c’est qu’encore personne n’ait réagit à ce tas de conneries. On ne peut pas laisser des informations erronées circuler comme ça, ce n’est pas possible. Heureusement, c’est le seul lien qui m’ait été transmis. Punaise ! C’était vraiment du lourd, là !

Autre chose du même genre à me transmettre ? Allez-y. Dès que j’en aurai le temps je ferai les corrections utiles.

Les risques des laits industriels, ou comment les bébés ingèrent de la merde en poudre

L’allaitement n’apporte pas d’avantage puisque c’est la norme biologique. C’est le faux lait qui induit des risques. Ce n’est pas de la culpabilisation, c’est de l’information. Nuance…

Libres enfants du Tarn

Juste avant la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel 2014, une étude est venue confirmer le taux d’allaitement tout pourri de la France. En effet, 74% à la sortie de la mater’, c’est déjà la te-hon par rapport aux 99% norvégiens ; mais pour la suite, ça se casse complètement la gueule avec un taux à 39% à 3 mois d’allaitement (toutes sortes d’allaitements confondus, que ce soit exclusif ou mixte). Et quand on arrive aux fameux 6 mois recommandés par l’OMS, l’étude cite « 23% des enfants encore allaités, […]  dont 1,5% de façon exclusive ou prédominante. » Je ne parle même pas ici de la suite, les taux français à 12 mois étant ridicules quand on caracole encore à 46% en Norvège (source ici).

Bref, c’est la bif pour la France !

Alors, nous, à Libres enfants du Tarn, on a décidé de ne pas rentrer dans les longues…

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Du grand n’importe quoi

Hier matin, on sonne chez moi (ce qui réveille bébé. Grrrrr…!)
« Bonjour ! Unetelle, Huissier de Justice, pour vos impôts.
– ??? Entrez.
– Vous avez reçu un commandement de payer il y a un mois, vous n’avez pas payé, je viens faire l’inventaire.
– Que vous n’ayez pas encaissé le chèque c’est une chose, mais vous l’avez reçu le lundi suivant votre commandement. Et je vous ai appelée il y a 2 jours pour vous dire de ne pas attendre trop pour l’encaisser car d’autres dettes tombent et que ça augmente le risque qu’il devienne en bois.
– Ah non ça ne me dit rien.
– Et cet accusé de réception avec votre tampon et votre signature, ça ne vous dit rien non plus ?
– Ah oui ! C’est vous qui m’avez appelée il y a 2 jours !
– Oui, c’est ce que je viens de vous dire.
– Ah… Oui oui, le chèque est parti hier. Ah ben je suis venue pour rien alors.
– C’est ce que je vous dis depuis le début. D’où l’intérêt d’aller encaisser les chèques AVANT de faire des procédures inutiles. Vous voulez un café, histoire de dire que vous n’avez pas perdu votre matinée ?
– Non merci, j’ai d’autres personnes à voir.
– Je serais vous, j’irais d’abord vérifier que leur chèque n’attend pas bêtement que votre bureau…
– (sourire crispé) Oui oui, bonne journée. Au revoir.
– Au revoir. »

Alors là je m’en sors bien parce que j’étais présente à mon domicile, mais il était bien inscrit sur le commandement de payer qu’en cas d’absence elle procéderait à l’ouverture forcée de mon domicile. Ça veut dire que parce que Madame Huissier de Justice procrastine à un niveau de compétition élevé, mon domicile serait resté ouvert à tout cambriolage et que j’aurais découvert en rentrant ma porte forcée et mon appartement potentiellement cambriolé.

C’est une honte !